J’ai démarré ce blogue en 2013 pour détruire des préjugés. Si vous m’avez déjà entendue en conférence, vous connaissez l’histoire de l’animateur de radio à Montréal qui me demande pourquoi une fille avec autant de talent vit en région.
Mais pour ceux qui ne la connaissent pas, la voici. C’était en 2011. L’autoroute 73 n’est pas encore complétée en Beauce et une radio de Montréal veut en parler sur ses ondes. Je suis à ce moment à Chambre de commerce de Saint-Georges comme coordonnatrice des communications. J’aurais refilé l’entrevue avec plaisir à mon président ou directeur, mais ils étaient tous les deux en vacances. Soit. Je l’ai fait.
Après l’entrevue, l’animateur me rappelle et me dit: « Vraiment une bonne entrevue! Tu es vraiment bonne pour une fille en région! Tu sais que tu aurais de la job en ville? »
C’est à ce moment précis que je me suis dis que je voulais écrire sur ma vie rurale, ce mode de vie que j’ai choisi. Même si j’ai du talent pour la ville, apparemment…
Je me rappelle aussi une conversation avec un jeune animateur radio avec lequel je travaillais à Lac-Etchemin. Il m’avait fait un commentaire sur son avenir en ville, parce qu’il ne voulait pas finir comme moi et les autres. Pour lui, faire le choix de vivre en région était synonyme d’échec.
Je me suis fait un malin plaisir de lui rappeler que le succès n’a pas une définition universelle, qu’il se compose des gouts, intérêts et valeurs de chacun.
Toutefois, force est de constater que démarrer un blogue pour détruire les préjugés établissant que la ville est mieux que la campagne n’est pas l’équivalent une goute d’eau dans l’océan. Non.  C’est un minuscule psshiiit de bruine provenant d’un vaporisateur qu’il faut remplir souvent, genre tout le temps.
Les idées préconçues stipulant que les gens qui habitent les régions sont là par défaut ou par dépit sont plus que tenaces. Tellement, que ça en devient une culture, que tout le monde finit par le croire et se définit ainsi. Même les ruraux.
Et je peux le constater dans mon quotidien.  Parmi les miens, j’entends:
  • « Tu es bonne! Tu devrais aller en ville, tu as le talent pour ça! Tu ferais plus d’argent qu’ici… »
  • « On est juste dans une petite MRC, on ne fera pas un gros événement »
  • « On ne peut pas dire vie rurale, ça fait habitant. Utilisons vie en région à la place »
  • « Même si c’est paisible chez nous, on va faire une campagne sur le dynamisme. Faut pas avoir l’air pantouflard »
Si on ne peut utiliser le mot rural sans honte, si on ne peut réaliser des événements grandioses à cause de notre situation géographique et si on ne peut mettre en valeur nos points forts tels que la quiétude, qui le fera? Vous le savez comme moi que les médias ne nous écoutent plus, alors ne comptons pas trop là-dessus.
J’en viens à la conclusion que la ruralité vit un complexe d’infériorité. Pas tout le temps, mais trop souvent à mon gout. Si la région était une personne, on dirait d’elle qu’elle a fini par croire ce qu’on dit sur elle, qu’elle est victime des ragots et qu’elle doit rebâtir sa confiance en elle.
Lors de ma prise de parole le 9 février dernier à La Guadeloupe, dans le cadre d’une soirée d’information sur la revitalisation des régions, j’ai encouragé les participants à décomplexer leur ruralité. À être fiers de leur milieu et à refuser la comparaison. Il n’existe pas de rivalité entre la ville et la région: ce sont deux milieux co-dépendants qui co-existent.
J’ai expliqué que la région déjà tout pour plaire: la proximité avec la nature, le rythme de vie plus doux, la vie en communauté et les opportunités de carrières.
Avec toutes ces modes et mouvements sociaux de minimalisme, achat local, DIY, home made, hygge, autosuffisance, consommation responsable, zéro déchet, jardin urbain, pots Mason aux multiples (in)utilités et j’en passe, la vie rurale devient le décor parfait pour leur réalisation. Si elle peut retrouver sa confiance et voir tout ce qu’il y a de bon en elle, elle saura se mettre en valeur et attirer les personnes qui lui sont destinées.
La vie rurale est in, les complexes sont out. Je rêve que la vie rurale, toutes régions confondues, soit valorisée partout en province.

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