Tsé, ce genre de réplique que les enfants dégainent plus vite que leur ombre et qui vous laisse totalement bouche bée. Ce genre de réplique à laquelle vous ne savez pas comment formuler une réponse qui vous fera sortir indemne du pétrin. Ce genre de réplique qui vous fait remettre en question une sphère de votre vie ou rejaillir une pointe de culpabilité sur un sujet sensible.

D’abord, je vous mets en contexte du comment cette petite bombe est arrivée un soir de semaine bien ordinaire. La fin de semaine précédente, nous avions assisté au mariage d’un de mes cousins. Quelques soirs plus tard, pendant que ma fille prenait son bain et que la conversation n’était pas encore zone dangereuse, elle me lance :

  • Maman, toi et papa allez vous marier? (bon déjà là, je commençais à me méfier).
  • Ben non ma chérie, papa à Édith dans sa vie comme conjointe. (Il me semble que cette explication m’est familière…)
    Et je poursuis pleine de bonne volonté :
  • Mais tu sais un jour, maman aussi aura peut-être un amoureux. Est-ce que tu aimerais que maman ait un amoureux ? (Ho que je n’aurais pas dû m’embarquer là-dedans ! Attention tout le monde aux abris, la bombe est en route !)
  • Mais oui, maman et quand tu vas avoir un amoureux, tu vas pouvoir avoir un bébé dans ton ventre ! JE VEUX ETRE UNE GRANDE SŒUR ! me lance-t-elle les yeux tout plein d’étoiles comme si c’était son vœu le plus cher au monde

BOOM

– Heu…..

Finalement, après avoir réussi à sortir de sous les décombres, j’ai expliqué à ma fille que maman ne savait pas si elle aurait un autre bébé un jour (en fait y’a 99% de chance que non, mais bon, on se lancera pas sur ce terrain miné) et qu’elle avait la chance d’avoir les enfants d’Édith dans sa famille. Si j’avais un amoureux un jour, il risquait d’avoir des enfants aussi, avec lesquels ce serait comme des frères ou sœurs… Tsé, les liens du cœur.

Mais voyez-vous, cela a ouvert une fissure dans ma presque certitude que je n’aurais qu’un seul enfant, une ouverture dans ma culpabilité que ma fille ne vive pas la fratrie et tout ce que cela apporte comme je l’ai connu moi-même. Pouvoir s’appuyer sur un frère ou une sœur dans les moments les plus rought, s’inventer des jeux incompris des adultes, développer une complicité précieuse…

Parce que d’emblée, dans mon plan de vie, j’en voulais 2-3 des enfants. Les années et les événements nous amènent sur d’autres chemins, nous font prendre de nouvelles routes.

Ce soir-la, j’ai pris conscience que ce n’était pas que moi qui devait faire un deuil, mais aussi ma fille âgée d’à peine 6 ans.

Ce soir-la, j’ai compris que je devrais l’aider à redéfinir le mot famille et le redéfinir moi-même.