Un ami journaliste me téléphonait dernièrement pour me dire qu’il était épuisé de faire des entrevues complaisantes avec les politiciens ou autres acteurs du développement de sa région. Idem pour les évènements qui se produisent; tout ce qui est rapporté doit être merveilleux, beau, exceptionnel. C’est pourtant contraire à l’éthique journalistique, qui indique plutôt de rapporter des faits et d’exposer l’autre côté de la médaille.

Malgré cela, le mandat que son média lui donne, c’est d’écrire positif. Pourquoi?

« Parce qu’on est en région. Pis… ben faut être gentil avec tout le monde. Ça marche comme ça ici »

« Parce que c’est pas facile le développement régional, donc il faut promouvoir, même si c’est pas vraiment un succès. Au moins, y’a du monde qui fait de quoi… »

« Parce que tu veux pas te mettre du monde à dos… tu fais l’épicerie en même temps que le maire, ne l’oublie pas… »

« Si tu dis quelque chose de travers, ben on aura plus d’annonceurs, on pourra plus te payer, c’est déjà pas facile de même»

Ce sont toutes des excuses déjà entendues. Objectivité et impartialité, on fout ça au fond du placard, en dessous des décorations de Noël. On y repense une fois l’an et on réoublie. Et remarquez bien que je ne fais pas exception: dans mon histoire ici, je ne nomme ni le journaliste, ni le média, ni la région d’où cela provient « pour être sure de ne froisser personne et ne pas causer de tort au journaliste en question».

Déformation non-professionnelle, apparemment.

Quand j’étais moi-aussi journaliste dans une région quelconque (!), j’ai du faire appel une fois au représentant de la FPJQ de mon secteur pour m’aider à résoudre un problème. Le conseil d’établissement de l’école primaire et secondaire venait de voter un règlement stipulant qu’aucune parole prononcée dans les réunions ne pouvait être rapportée dans les médias. Ça n’avait aucun sens, puisque c’est une assemblée publique.

La raison de ce règlement était que : « Les membres ne réfléchissent pas toujours avant de parler et si c’est rapporté, ça pourrait être mal interprété ou nuire à leur réputation. » Euh, what?

Après quelques discussions, le conseil a dû se rendre à l’évidence qu’une assemblée publique est par définition publique et que leur règlement était caduque. Mais pour m’assurer d’une bonne entente, je n’ai jamais rapporté de conversation en réunion, je faisais plutôt des entrevues après pour capter des citations. Pire : j’ai déjà fait approuver des textes avant publication. Deux fois plus de travail et de temps, mais les relations étaient sauves! Parfois, c’est cela être bon journaliste…

C’est pour cette raison que je n’ai jamais été complètement à l’aise d’écrire des éditoriaux ou de commenter l’actualité. Pourtant, ce n’est pas l’envie qui manquait. Et les sujets. Et les occasions. Mais je ne voulais pas me faire pitcher des roches! Premièrement, ça fait mal, et deuxièmement, je voulais maintenir l’harmonie et être aimée de tous, bien humblement.

Je ne sais pas si c’est l’âge, mais ce n’est certainement pas la sagesse qui m’a fait changé d’avis! J’ai créé ce blogue justement pour partager avec des collaborateurs, notre vision, nos expériences, notre humour et nos opinions sur la vie rurale.

Au départ, j’avais peur d’être aux prises avec les trolls ou autres parasites du web. Mais non, aucun harcèlement de ce type à rapporter. Si les blogueurs et moi-même recevons parfois des roches par la tête, les pitcheux proviennent ironiquement de nos villages respectifs. Pis les roches en région, j’vous jure qu’on en retrouve partout, même où ce ne serait pas supposé!

« Même si j’ai dit ça, c’est pas ça que je voulais dire »

« Tu n’as pas raison!  Ce n’est pas journalistique ton affaire»

« Je ne veux plus que tu publies sans m’en parler d’abord »

« Tu vas le regretter, j’vais en parler à ma gang! Pis mon avocat aussi! Pis ça va aller mal!»

« T’as pas le droit de mettre des textes sur Facebook »

Donc, si on se permet de dire que certains médias locaux n’ont pas raison de se tenir à côté de la déontologie, je vous garantis qu’ils ont vraiment raison sur les conséquences que ça engendre de l’adopter entièrement. Parce que les règles de vie en région ne sont vraiment, mais vraiment, pas les mêmes qu’en milieu urbain. Tout cela à cause de la proximité des gens.

C’est comme si la notion de circulation de l’information publique était complètement différente. Le commérage est plus accepté comme moyen de communication que les médias officiels. On peut chialer au village entier contre une idée, mais si on publie l’opinion au lieu de parler à voix basse, on est hypocrite.True story.

Je ne sais toujours pas si c’est l’âge, mais ce n’est certainement pas plus la sagesse qui me pousse à continuer de bloguer encore plus fort malgré tout! Hihi! Je suis mieux de me prémunir d’un bouclier! Mais je sais que mon objectif est de grandir, d’évoluer et de développer mon milieu en confrontant des idées, en exposant la vérité, en discutant d’art de vivre et en racontant de drôles d’histoires. Et ça me convient de poursuivre mes idées malgré les obstacles. Et bon… je l’avoue, c’est drôlement inspirant tous ces mauvais commentaires!

Je vais dire comme mon amie : « Ça veut dire que vous êtes lus et que vos sujets frappent en plein dans le mile! Ce n’est pas ça, le but? »

Oh que oui m’dame!

P.S. Personne n’a jamais lancé de roche à quiconque. C’est une métaphore humoristique pour « se faire crier des bêtises ».

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