Ha les fraises ! Quand j’étais jeune, mes parents nous amenaient dans le fin fond des champs pour y cueillir ces beaux petits fruits rouges dont ma mère se servait pour nous concocter des confitures qu’on dégustait l’hiver venu. Mmm…

On entendait, pendant ces journées mémorables : « Attention, tu écrases des fraises ! » « Arrête de bouger, il y en a plein où ce que t’es ! » « Viens pas icitte c’est MA « talle ». « Ho non, j’ai échappé mon pot ! (avec une pointe de sanglot dans le gorgoton) » Et gare à celui où celle qui osait fouiller dans son plat pour se bourrer la fraise… heu la face, sous peine de ne pas avoir droit à sa dose de confiture pendant l’hiver à venir. Car comme dirait mon père : de la confiture de fraises des champs, c’est de l’or en barre !

Mes frères et moi, on chialait bien un peu, on trouvait ça long remplir nos pots, mais sans trop l’avouer on aimait bien ces journées de dur labeur familiales. Je finissais immanquablement par me retrouver coucher à plat ventre en plein milieu d’une belle « talle »à remplir mon pot… et que j’étais dont fière quand ma mère me disait : tabarnouche, tu ramasses pratiquement aussi vite que ton père. Bon ok, mon père se faisait un plaisir de faire remarquer qu’il ramassait plus « proprement » que moi; c’est-à-dire que son pot ne contenait que des fraises vraiment rouges… pas de petites feuilles ou de fraises à moitié blanches en plus… Et quand venait l’heure de rentrer, il y en avait toujours un pour dire «  Ha, pas déjà, y en a plein où ce que je suis…. »

Pendant mes années d’études en « ville », j’ai abandonné temporairement cette activité.

Puis, il y a eu un été où j’ai décidé de renouer avec ce merveilleux passe-temps. J’habitais un village pas très loin d’où j’avais grandis (Traduction abitibienne de pas très loin= plus ou moins 45 minutes de route ;)) Après avoir trouvé LE CHAMP parfait, j’ai passé un après-midi complet à remplir pot après pot, une soirée complète à « équeuter. » (Parce que même si ça ne paraît pas, c’est une méchante « job » que d’aller aux fraises). Puis, j’ai téléphoné à ma mère pour qu’elle me donne la fameuse recette. Pour finalement, exposer mes pots sur une étagère et hésiter longtemps avant d’en ouvrir un tellement ils sont beaux dans mon garde-manger (et quand je pense à tout le travail que ça m’a demandé, ça gâche presque le plaisir de les manger.)

Depuis ce temps, été après été, c’est devenue une tradition. Parfois, avec ma mère, sinon on se téléphone pour se dire combien on a réussi à en ramasser dans la journée (et on sent une petite pointe de jalousie quand l’autre nous dit qu’elle a une ou deux tasses de plus… pfff). L’été passée, j’ai décidé d’initier ma fille qui avait alors 3 ans et demi… on a entendu dans le champ : « Tasse-toi tu écrases des fraises », « Arrête de bouger, tu en as plein où ce que t’es » « Heille ton plat est vide, où sont tes fraises ? » Ma fille qui me sourit la bouche teintée rouge… ok, ok on va attendre un an ou deux avant de te ramener, oui oui tu vas pouvoir goûter à la confiture cet hiver…

Par Christiane Desrivières

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