Comme toutes les mères de ce monde, il m’arrive de devoir passer un temps précieux dans une salle d’attente de clinique, CLSC ou hôpital avec la marmaille. Le genre d’endroit où juste respirer fait peur: tout le monde tousse, pue, parle fort, crache, désespère ou commère. Tu es sûr de sortir de là plus malade que lorsque tu es entré. Ce matin-là de février, c’est la commère en moi qui s’est manifestée, soutenue par une dame assise en face de moi, visiblement là également pour sa progéniture.

Comme nos enfants jouaient ensemble dans la salle d’attente, on a conversé. On a parlé d’eux, de notre rôle de mère, de notre job et des gens que l’on pourrait mutuellement connaitre. On a tenté de trouver des points communs entre nous pour se faire la conversation, pour passer le temps et oublier où nous sommes. On a ainsi appris que ma fille allait à l’école avec sa nièce. Ce devait être notre plus grand point en commun, outre le fait que nous soyons toutes deux mères.

Ha oui! C’est vrai! Elle a allaité ses jumeaux! J’ai trouvé ça exceptionnel et on en a parlé beaucoup. Elle a toute mon admiration.

Quand elle a commencé à parler de ce que ses enfants aimaient le plus, elle a nommé des personnages de télé. J’ai alors du dire: « Désolée, je ne connais pas, on a pas la télé. Aime-t-elle aussi un sport en particulier? Ma fille, c’est le kinball. Et la tienne? Elle aime le kinball? »

J’ai dit ça dans un même souffle aussi rapidement que l’éclair en mettant tout l’accent possible sur la dernière partie de la phrase, pour qu’elle oublie la première. Ça a pas marché pantoute.

– T’as pas la télé?

– Ben j’ai une télé. J’ai l’appareil, le meuble qui s’appelle télé, mais je n’ai pas le câble.

– Pourquoi?

– On a tout ce qu’il faut sur Internet pour se divertir et s’informer. Tou.tv et Netflix, pour nommer ceux-là. Il y a les téléséries et les films. J’ai LaPresse+ pour les nouvelles et même RDI sur le web. Je peux louer des films sur mon AppleTV. Nous n’avons vraiment pas besoin d’autres choses, déjà que je trouve qu’on écoute trop la télé. Si je paie en plus pour le câble, c’est de l’argent gaspillé pour moi.

– Ah ben, faudrait que j’essaie, j’en ai déjà entendu parlé, mais je ne suis pas super bonne sur ordinateur.

– Ça a pas vraiment rapport avec les ordinateurs. Je suis sûre que tu aimerais si tu l’essayais, c’est comme une télé à la carte.

– Ok! Tu peux écouter tout ce que tu veux?

– Ben tout ce qui est disponible.

– Où est-ce que tu écoutes La Voix?

– Je n’écoute pas La Voix.

– ….

– Même avec le câble, je n’écouterais pas La Voix. Ce n’est pas une émission à mon goût. Elle est peut-être disponible sur Internet, je ne sais pas.

– … Mais,  La Voix, l’émission La Voix, tout le monde connait ça!

– Ben oui, je connais, mais je n’écoute pas.

– …

– Madame? Vous m’entendez?

Pauvre dame.  Ça ou voir un extraterrestre, même effet. Après ça, on avait plus vraiment de sujet de conversation. Elle ne parlait plus. Et j’ai ensuite perdu mes eaux en me levant pour aller à la salle de bain, donc je suis partie rapidement pour le « gros » hôpital.

Il fut un temps où les gens qui n’avaient pas de télé étaient placés dans les catégories grano, hippies, adeptes de simplicité volontaire, etc.  Mais non, nous sommes loin de ça, je vous le jure, nous écoutons même beaucoup trop de téléséries. C’est juste que le web nous offre tellement plus aujourd’hui, que je ne verrais pas pourquoi je dépenserais pour un abonnement télé qui m’est offert gratuitement ou à peu de frais sur le web. C’est pas compliqué: je n’ai pas les moyens financiers pour la télé! Puis si vous lisez cette histoire jusqu’à la fin, vous constaterez que je ne suis pas la seule à me débrancher de la télé au Québec!

Pis vous pouvez me pitcher des roches si vous voulez: je n’écoute pas La Voix, je n’aime pas ça, bon.
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