Née d’une maman du plateau et d’un papa de la grande campagne, j’ai toujours dit de mes parents qu’ils étaient l’équivalent de la souris des champs et la souris des villes. Oups ! Je le disais dans ma tête, mais est ce que je leur ai déjà dit à eux?

Bref, en moi, le sang des deux mondes coulent à la vitesse de l’éclair. Je suis née dans ce qu’il y a de plus banlieue. Dans les années 70, Longueuil était LA grande banlieue. Très tôt nous sommes déménagés dans une banlieue un peu plus campagne, qui est aujourd’hui devenue LA grande banlieue 😉

Par contre, nos fins de semaine et nos vacances d’été, ça se passaient dans le village de campagne de mon papa. Retour aux sources, à la famille, aux grands espaces. Baignade à la rivière, course dans les rues, tournoi de balle au terrain des loisirs derrière chez ma grand-mère, partie de « tag » dans le cimetière, les amis, les fêtes où tous se connaissent, faire honte à mes cousines avec mon habillement urbain! La vraie vie quoi! Dans ma jeune vingtaine, j’ai vécue dans tous les milieux; grosse banlieue, petite banlieue, campagne et… loin loin dans le bois. Le genre de région où il y a plus de chevreuils que de citoyens.

Mais une force hors de mon contrôle, une petite voix intérieure, le destin, ou appelez ça comme vous voulez, m’a ramenée dans ma campagne de jeunesse sans que je me doute que je n’en repartirais plus jamais !

11324_10154539577625322_1632607129015172118_nDe mon milieu de vie, j’ai appris à en connaitre chaque parcelle, chaque recoin. Ma région, je l’ai explorée de son intérieur aux limites de son territoire.  Je me suis rendue compte qu’elle faisait partie de moi, de mon histoire, de racines, de mes veines. J’ai eu le sentiment que si la vie m’avait ramenée à elle, c’est que je devais lui servir à quelque chose, que je devais mettre ma fougue et mon caractère, disons légèrement entêté, à la défendre et à la préserver.

Mais en ce moment j’ai mal. J’ai mal à ma région, mal à nos régions.

Je vois toutes les coupures engendrées par notre gouvernement démolir nos ressources. Je vois des gens perdre peu à peu la force de se battre contre une si grosse machine. Je vois des commissions scolaires abdiquer et fusionner sans se poser de question et sans analyser l’ensemble de la situation parce qu’ils sont pressés, parce qu’on leur a mis un « gun sur la tempe » et qu’on leur a dit : décidez-vous et décidez tout de suite sinon nous le ferons pour vous.  Je vois des CLD se battre pour leur survie avec des budgets qui ont fondu comme neige au soleil, des CRÉ être démantelés, des milieux se battre entre eux pour qui va survivre, qui ira chercher les ressources, qui restera en haut et qui s’en ira en bas. Je vois certaines grandes villes se frotter les mains de soulagement et des petits milieux baisser les épaules de découragement.  Je vois des coupures être annoncées chaque jour.  Ces centres qui ramènent en région nos jeunes qui étaient partis étudier en ville ou nous en emmènent de nouveaux pleins de fougue et d’énergie. Nous avons besoin de ces programmes pour revitaliser nos milieux, pour les vivifier, les dynamiser. On a besoin de nos jeunes, besoin de nouvelles têtes, de nouvelles idées, de ce vent de fraicheur qu’ils nous apportent….

Où toutes ces coupures vont-elle s’arrêter ?

Je me suis installée dans ma campagne pour l’avenir de mes enfants, pour leur faire vivre la vie en communauté, la vie dans un petit milieu où tout le monde se connait et se donne la main. J’ai choisi la campagne pour m’impliquer, pour sentir que je sers à quelque chose dans ma communauté, pour être partie prenante de la vie et l’amélioration de ma région.

Le gouvernement veut me faire baisser les bras. Il veut que je me transforme en mouton et que je me contente de mon p’tit pré.  Ce qu’il ne sait pas c’est que plus il m’enlève mes ressources, plus il me donne envie de devenir un loup qui va protéger son territoire.

Et je ne suis pas la seule à subir cette transformation.