J’ai décidé d’arrêter de me définir. Arrêter de m’imposer des structures qui ne me conviennent pas…dans lesquelles, je ne me reconnais pas.

Je suis en dissonance cognitive. Tout le temps. J’en ai assez.

Je suis revenue en ville depuis plusieurs mois. Au début, je pestais contre tout : le trafic, les lumières, les magasins, les gens. Je rejetais tout ce que je connaissais comme si rien ne m’avait déjà jamais appartenu.

J’étais en colère.

Mon entourage n’en pouvait plus de m’entendre parler de la vie en campagne. Je le sentais, mais je continuais simplement parce que ma vision les confrontait. Pis les colonnes du temple…j’aime ça les brasser.

Je suis un peu (beaucoup) intense dans la vie. Partir en croisade contre les préjugés entretenus envers les régions…j’ai décidé que c’était ma job…

 Je me suis essoufflée. Ça s’est fait sournoisement puis tout d’un coup. Je suis redevenue une fille de la ville.

En même temps, c’est normal…un moment donné, il faut avancer! Sauf que cette expérience m’a profondément changée. Maintenant, le recul facilite l’analyse.

La route du retour a été sinueuse, interminable et ponctuée de mélancolie. Je me suis prise à mon propre jeu en embrassant passionnément mon aventure en région. J’y ai sauté pour en sortir grandie, mais sans repères. Inévitablement, j’y ai laissé une partie de moi.

À partir de ce vide, j’ai créé. J’ai mis du temps à comprendre l’opportunité qui s’ouvrait à moi. Je devais reconstruire sur de nouvelles bases…ça me semblait trop chancelant. J’ai résisté de peur de perdre pied. Ce que j’ignorais, c’était que la chute n’a rien d’effrayante quand on se tend la main pour se relever.

Je n’ai pas à faire mon deuil de rien. Je ne décide pas. Je refuse de faire ce choix. De me définir. J’en ai assez de répondre à des questions hypothétiques, de rassurer des tourments qui ne sont pas les miens.

Ce triangle amoureux dans lequel je me suis prise me satisfait pleinement. En moi se bousculent l’effervescence de la ville et la douceur de la campagne. Mes rêves se composent de la lumière si singulière d’un coucher de soleil sur le lac Témiscamingue et des nuits sans lendemain de Québec et de Montréal. Cette poésie délicate et exubérante s’impose dans toutes les facettes de ma vie, indissociable de toutes ses contradictions.

Tenez vous le pour dit, je suis une fille de ville ET de campagne.