Chapitre III : Le gravol

Cette nuit, à minuit 30, je dois prendre le traversier de Sydney jusqu’à Terre-Neuve. Huit heures de pur plaisir m’attendent car moi, petite fille sensible, j’ai le mal de mer. Je l’ai découvert 3 ans plus tôt, une journée où j’avais accompagné des pêcheurs de homard de la Nouvelle-Écosse. J’avais mal compris les instructions pour le collant médicamenté anti-mal-de-cœur. Je n’avais pas vu le 2 dans «24 hours». Misère! Enfer et damnation! Avez-vous déjà été malade 11heures de temps? Moi oui. Tu n’as plus rien à vomir, même plus de bile, mais le haut de cœur revient à la charge comme si tu avais le ventre plein et ça fait mal, ça sert. Mélangé aux vagues, l’odeur des homards.

Ouf… Alors, nuit exaltante en vue, je dis au revoir à ma famille d’adoption de la Nouvelle-Écosse et repart dans ma Soul affronter les routes pas plus déneigées que la veille lors de mon arrivée. Je pars d’avance pour être sûre que si je me perds (encore!) j’ai du lousse. –Avance rapide– Je suis rendue dans la file. Il fait clairement mauvais. Il est passé minuit 30 depuis un bon moment. Je gèle comme une crotte dans mon auto. Entourée de famille aussi gelée que moi et qui vont aussi sur cette île qui m’est encore mystérieuse. Un ti-gars de la circulation vient nous dire qu’ils évaluent la situation car les vagues sont très grosses genre énormes. MODE PANIQUE ACTIVÉ. En plus d’être malade (même si je me suis bourrée la face de Gravol) je vais mourir comme dans Titanic. Nice!

Maintenant que toutes nos jauges à essence ont follement descendus à une vitesse alarmante — et oui il faisait un froid de cygne (plus froid qu’un froid de canard car c’est plus gros) – Un autre ti-gars de la circulation vient nous dire qu’on ne partira pas et que c’est remis au surlendemain. Trop dangereux. Échappant à une mort douloureuse et glaciale je retourne chez mes amis. Je passe une autre belle journée en leur compagnie et on en profite pour faire un tour jusqu’à la plage et prendre des photos de l’océan scandalisé.

Le surlendemain, la tempête est toujours présente mais il paraît que le bateau va partir. Alors, je redis Au revoir et peut-être Adieu à mes amis de Margaree Falls et je repars vers Sydney. Et puis vers Terre-Neuve!! Le traversier est immense et je ne peux pas rester dormir dans mon auto. Je n’ai pas non plus loué de cabine. Je suis trop cheap et je pensais que je serais sur un genre de Traversier Québec-Lévis (Tsé, la fille qui n’est jamais sortie de chez elle). Condamnée à errer sur ce bateau de malheur, je fonce vers un divan, avec mon portable, un manteau roulé en boule, et une boîte de mouchoirs pour sécher mes larmes. 9 heures de mal de mer en vue et de réflexions existentielles sur un océan déchaîné. Combien de temps est-ce que je peux survivre dans l’eau glacial? Est-ce que si l’on coule ici on est assez près de l’île pour que je nage? (Sur ce je me lève, vais voir à une des immenses fenêtres – immenses fenêtres par lesquelles l’eau ne manquera pas de s’engouffrer F**K – aucune lumière en vue. Même pas un infime petit phare. Je suis à la merci des éléments. Grand mode panique activé intérieurement. ) Je retourne me coucher sur le divan en pleurant. 7 heures de scénarios catastrophes, de lettres d’adieu écrites sur mon portable mais pas de vomi, thanks to you Gravol!, on fini par accoster.

Joie dans mon cœur, libération de l’âme, je recommence à rêver au printemps et remercie Dieu, Krishna et Allah et tous mes morts de veillés sur moi. Est-ce que je vous ai dit que j’avais fait pleurer ma mère avant de partir en lui faisant écouter la toune que je voulais qu’ils jouent à mes funérailles? La version de Audrey May -Forever Young. Faudrait quand même pas qu’ils jouent Une colombe alors je ne prends pas de chance!

L’art de gâcher Noël par Émilie Anne Larochelle.

Traverser Terre-Neuve a été super fafa, presque bébé-lala. Mais mon retour! Ouh lala.. lalalalalala. C’est pour un prochain épisode.

Fin du chapitre III