Il y a un an, à quelques journées près, je devenais une résidente de la Montérégie. Je quittais la Haute-Gaspésie où j’étais atterrie au printemps 2009. J’avais envie de prendre une bonne dose de présence familiale et amicale. Je savais alors que je reviendrais vivre sur la péninsule, mais le moment n’était pas défini. Maintenant, je sais : je me serai expatriée un an. Je suis revenue en Gaspésie cette semaine, dans la Baie-des-Chaleurs cette fois. Et j’y suis pour de bon. On ne sait jamais ce qui peut arriver, mais avec notre terre agricole et les projets qui l’entourent, on s’embarque pour du long terme! C’est ici que nous avons choisi de vivre.

Ce retour est toutefois bien différent de mon arrivée impromptue il y a près de 6 ans. Premièrement, je reviens ici pour occuper un emploi que je n’avais aucune envie de laisser passer. En 2009, j’étais arrivée par hasard, un road trip m’ayant mené là où je devais habiter pendant près de 5 ans. Je faisais alors le choix de déménager en Gaspésie sans savoir combien de temps j’y serais et sans connaître la péninsule comme je la connais maintenant. Les seuls a priori que j’avais à cette époque étaient les souvenirs d’un tour de la Gaspésie en 4 jours réalisé à mes 17 ans!

J’ai appris à découvrir la Gaspésie en travaillant en développement régional, tout d’abord à l’échelle d’une MRC, puis ensuite pour la région dans son ensemble. Mon rôle? Élaborer et mettre en œuvre, avec de multiples partenaires, une nouvelle mouture de stratégie visant l’établissement durable des personnes en Gaspésie et aux Îles-de-la-Madeleine. Malgré les grandes avancées en matière de bilan migratoire et le foisonnement de petites entreprises sur la péninsule et dans l’archipel entre 2003 et 2011, il y avait encore un besoin de valoriser le territoire pour faire sortir complètement le marasme des années 1990 que trop de gens avaient encore en mémoire (crise du poisson de fond, effondrement en foresterie, fermeture d’usines…).

Il y avait aussi un besoin d’attirer et d’accueillir de nouvelles personnes pour venir combler les besoins en main-d’œuvre qualifiée et contribuer au développement de nos territoires par leur apport et leur implication dans la communauté.

J’étais hors du pays ces dernières semaines. J’ai donc suivi de très loin toutes les austères annonces d’un gouvernement qui ne tient pas du tout compte de mes préoccupations de citoyenne. Le message que je reçois est le suivant : tous les efforts de la région pour se dynamiser, pour être près des réalités de ses territoires, pour être plus forte ensemble – avec un si grand territoire et peu de population, la force du nombre et la solidarité sont essentielles malgré les différences – sont chiffonnés et jetés à la corbeille. Et hop! Voici pour le développement régional!

Ce qui est différent avec mon arrivée cette fois, c’est que je « débarque » dans des temps durs pour la région. Pas que la situation était la plus reluisante possible il y a 6 ans, mais on était alors en mode développement et espoir. On se reconstruisait après des années difficiles. J’arrive cette fois en voyant tomber autour de moi des entités qui auraient pu être repensées, mais certainement pas de cette façon. Avec la chute inopinée de ces structures vient l’ébranlement d’un tas de plus petites entreprises ou organisations qui contribuent elles aussi à former le tissu socio-économique dans lequel nous évoluons. On vient pas moins d’abolir, sans cordon de sécurité autour du chantier, les piliers d’un pont. « Allez, allez! Venez vous faire écraser… ne prenez pas gare aux débris qui volent, vous n’y échapperez pas de toute façon! » Même en regardant le sacro-saint point de vue strictement économique, je doute que ce soit judicieux.

Je reviens en Gaspésie cette fois en sachant pertinemment que je me relèverai les manches aux côtés de ces milliers de Gaspésiens et de Gaspésiennes – de souche, de cœur ou d’adoption – qui ont choisi de vivre dans l’Est du Québec, sur un territoire parfois hostile et présentant un bon lot de défis, mais tout de même riche en possibilités.

Je sais que les annonces des dernières semaines nous ramènent plusieurs années en arrière, que la morosité sera sans doute au rendez-vous plus souvent qu’autrement, mais je sais aussi que nous défendrons farouchement le droit de vivre et de dynamiser un territoire que nous aimons éperdument.