Dans ma chronique du 5 septembre ayant pour titre Protégeons les espaces ruraux , je terminais sur cette suggestion : « Installer à l’entrée des villages des panneaux avec l’inscription : Attention, ici réserve nationale de ruralité ». Voici quelques précisions concernant cette suggestion.

Le statut de Réserve nationale de ruralité ne serait pas décrété par la seule volonté des élus locaux. Il relèverait d’une accréditation répondant à un certain nombre de critères contenus dans un cahier de charges appliqué par un organisme, ou un comité multipartite[1], mandaté à cet effet et doté d’un plan d’action.

À l’échelle internationale il existe le statut de Réserve mondiale de la biosphère accordé par l’UNESCO (http://rmbmu.com/). Au Québec, une association réunit les plus beaux villages (http://www.beauxvillages.qc.ca/). Comme il existe une association des plus beaux villages de la terre (http://www.les-plus-beaux-villages-de-france.org/fr/les-plus-beaux-villages-de-la-terre). Des critères spécifiques sont appliqués pour l’accréditation de ces réserves et villages.

Dans le cas du statut de Réserve nationale de la ruralité, les critères choisis auraient pour but d’identifier et d’évaluer la présence de caractéristiques qui confère la « qualité de ruralité » à une municipalité candidate. Ces critères porteraient sur les aspects suivants :

– présence de milieux naturels, leur mise en valeur et leur protection

– caractère identitaire et dynamisme culturel

– diversité et vitalité des services publics et privés

– mise en valeur et protection du patrimoine bâti et immatériel

– caractérisation et mise en valeur des paysages

– aménagement du territoire et architecture (plans et règlements)

– vie communautaire (famille, aînés, accueil, entraide, sports et loisirs)

– économies résidentielle et productive

– gouvernance et démocratie participative.

Les municipalités rurales ne sont pas en attente d’urbanisation mais fières de leur identité et soucieuses d’assurer leur pérennité.

Une chose est certaine : si l’on ne sensibilise pas les populations et les pouvoirs publics, et que des mesures appropriées ne sont pas prises, les campagnes seront vampirisées par les modèles urbanistiques et culturels des métropoles et villes régionales. Les caractéristiques rurales vont se dissoudre, la ruralité va se vider de son âme et de son identité.

Nouvelles ruralités  oui, mais selon quels principes, quels critères, quel code ? Il faut imaginer, innover, créer des habitats de vie inscrits dans la modernité mais qui sauront préserver une identité distincte de la ville. Les habitants de ces espaces partageront un même sentiment de vivre à la campagne, dans des communautés à faible densité de peuplement et qui resteront marqués par la présence d’espaces naturels et agricoles.

Les milieux ruraux à recomposer se différencieront des villes moins par ce qu’on y fera que par la façon dont ils seront habités.

La réoccupation et la recomposition des territoires ruraux ne doivent pas être perçues et vécues comme des menaces ou des handicaps à leur identité, mais comme une chance pour eux et la société toute entière. Il faut collectivement relever ce défi.

Parallèlement à cette démarche de renouveau rural, des efforts seront poursuivis pour « réhumaniser la ville » selon l’expression du sociologue et philosophe français Edgar Morin.

Ainsi, villes et campagnes cohabiteront dans un rapport d’égalité, d’interdépendance et de complémentarité, offrant à leurs résidents des milieux de vie distincts et dynamiques.

[1] Le ministère des Affaires municipales et de l’occupation du territoire, le ministère de l’Environnement et du développement durable, la coalition Solidarité rurale du Québec, la Fédération québécoise des municipalités et l’Union des municipalités du Québec, seraient d’office membres de ce comité qui relèverait de Solidarité rurale du Québec sur le plan administratif.