Petite fille snob, tu m’énerves.

Je faisais partie de cette catégorie de gens qui fréquentent les restos branchés, qui ont vu toutes les expositions, qui connaissent ce qu’ils veulent et qui n’en ont jamais assez. La ville, je la connaissais et je l’aimais. J’étais une citadine pure laine. J’ai frappé un mur à pleine vitesse.

Bon, je vais la dire…cette confession qu’on me reproche de faire depuis que j’ai remis les pieds entre les murs de bétons : j’aime la campagne.

Tout ça a commencé par une aventure au Témiscamingue.

Quand j’ai aperçu la pancarte «Ville-Marie» et que j’ai vu le petit village niché en bas de la côte, je me suis tout de suite dit: «eh merde, dans quoi est-ce que tu t’es embarqué encore» ?

La mélodramatique en moi voyait déjà défiler l’avenir en moins de deux secondes. Elle a tout vu. Toute. Moi avec quatre enfants dans un rang en pleine dépression nerveuse post post post traumatique.

Instantanément, j’ai ressenti cette névrose imaginaire me monter dans les tripes. Méchant feeling. Plus je m’aventurais à travers la rue principale de Ville-Marie, plus je pleurais mes sorties mondaines. Icitte, je pouvais oublier ça. De toute façon, j’avais déjà capitulé!

Par souci de conformisme, mes vernis à ongles et mes robes étaient restés abandonnés dans mon placard. Vous savez, le monde en région… ça s’arrange pas!

J’aime le déni, mais ça dure jamais longtemps. J’ai compris que j’essayais de cacher ma peur. Ouin. Moi, la fille qui veut faire des safaris en Afrique, la fille qui veut couvrir des zones de guerre, la fille qui croit avoir le monde à ses pieds. Elle là, elle avait peur de rester en région.

Étrange de penser que ma vision des endroits éloignés du Québec était si étroite, si pleine de préjugés.

Ce qui me frappe le plus est le regard que je portais envers les gens en région. On va se le dire une fois pour toute: j’étais snob. Vraiment snob. Comment quelqu’un de censé et de fonceur peut bien venir s’installer dans un trou au fin fond du Québec?

Il aime peut être sa région, y-as-tu pensé à ça, ma belle?

Maintenant, je les envie parce que leur petit coin de paradis leur tient à cœur. Ils n’ont pas le goût de partir…ils veulent construire.

Ils y habitent par choix. WHAT????? Ben oui, ils pourraient s’en aller eux aussi. Non, tu me niaises??? Ils pourraient, comme moi, mettre les voiles et venir en ville. Ils pourraient dire : fuck off, moi, j’hais ça vivre icitte.

Tu ne restes pas en région parce que t’es pas capable d’habiter en ville. Tu y habites par amour. Et ça, ça vaut cher.

J’ai rencontré des gens merveilleux plein de projets qui mordent dans la vie et en demandent toujours plus. J’admire l’amour qu’ils ont pour cet endroit si magnifique et la ferveur avec laquelle ils en parlent.

J’ai toujours boudé les régions. Après seulement deux mois, j’ai peine à m’imaginer ailleurs. Je m’ennuie de mon jardin, de mes chiens, de ma maison sur le bord du lac, et ce, même si ces projets vivent uniquement dans mes pensées.

Je ne croyais jamais dire ça. Je suis bien trop hot tsé.

Cette région, j’apprends à la connaître comme un nouvel amant. Je ne lui dis pas qu’elle m’a séduite tout de suite de peur qu’elle me rejette, mais au fond, je l’aime déjà d’amour.

Dit de la fille qui ne voyait pas plus loin que le bout de son nez.

Photo: Groupe NH Photographes

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