D’aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours détesté les bibittes. Toutes les sortes sans exception. Je ne fais aucune discrimination entre elles : je les hais toutes, également. Même les papillons et les coccinelles. Oui. Y’ont juste à changer de groupe, bon.

Quand j’avais 3 ans, mes parents m’ont amenée à l’hôpital parce qu’une de leur gang m’avait piquée. Résultat : ma main était devenue un ballon. Mon pied aussi. Même ma face. Je me suis levée en matin en disant: « Maman, je ne vois pas très bien ». J’comprends donc, mes yeux n’ouvraient plus, j’avais trop le visage enflé! Le médecin a dit : « Ouin… elle fait comme une intolérance aux piqûres d’insectes. Faut la surveiller et espérer qu’une abeille ou guêpe ne la pique pas ».

Alors j’ai passé mon enfance à me faire dire de m’éloigner des bibittes. C’était comme programmé dans mon cerveau. Quoiqu’on n’avait pas besoin de me convaincre beaucoup, je les trouvais pas ben ben belles avec leurs yeux tout le tour de la tête, leurs poils pas doux et leur bouche en ventouse. Je préférais de loin lire « Les oursons Berenstain » et plus tard « Anne… la maison aux pignons verts » enfermée dans ma chambre les soirs d’été, pis le jour aussi.

Et quand j’oubliais, le temps d’une soirée autour du feu en camping en famille, je le payais très cher le lendemain. Mes jambes et bras étaient déformés par l’enflure des incroyablement nombreuses piqûres reçues. J’avais 5 coudes et 12 genoux.  Super beau.

Non seulement mon corps a une réaction totalement disproportionnée lorsqu’il est piqué par un insecte, mais en plus, il s’avère un repas d’un goût exquis pour les bibittes. Tsé, il y en a qui ont toute dans vie…

J’ai tout essayé pour les éloigner. Le deet, le skin-so-soft, la citronnelle, le régime à la vitamine B, E et le sans sucre, le pas-de-parfum-même-pas-de-déo, l’hypnose, les applications cellulaires, les lumières bleues, les lumières jaunes, les bananes, les patates, m’habiller en long, en pâle, alouette. J’ai même appris à aimer les bibittes en les respectant et vivant en harmonie avec elles.

Ça ne change rien. Elles me piquent toujours. Elles m’aiment ben trop.

cassiopée mouchesJe pensais qu’avec le temps, l’hypersensibilité partirait, qu’en devenant adulte, mon corps allait mieux gérer les piqûres d’insectes. Pantoute.

Test réalisé hier soir avec chéri : pour un séjour de 20 minutes à l’extérieur dans notre cour arrière, il s’en sort avec une mini piqûre sur le bras, qu’on a trouvé après 4 minutes de recherche intensives. Moi, je n’ai pas besoin d’une seconde d’analyse. Je sens exactement où elles sont. J’en compte 7 sur une jambe, 4 sur l’autre, 3 sur les bras et une au visage. Ben oui… dans face. Je suis badigeonnée de calamine comme si j’avais la varicelle et j’ai une cheville qui semble fracturée tellement elle est énorme. À 30 ans, c’est vraiment chic.

Et aujourd’hui, je dois me concentrer pour ne pas y penser, parce que c’est gros, douloureux, inconfortable et… rose.

Bref… J’trouve que je n’ai pas le body d’une fille de campagne qui reste dans un rang avec une forêt en guise de cour arrière. J’ai ben des affaires de la fille de région, comme le goût de la tranquillité, des grands espaces et des routes désertes. Mais pas la peau, apparemment.

En tous cas, une foutue chance que mon choix de vivre en région était de concert avec le télétravail! Personne ne voit ma calamine au visage!

Couverture: Photos Libres

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