Lorsque je rencontre un vieil ami que je n’ai pas vu depuis dix ans, la réaction est presque toujours la même : « Tu vis au Témis? » Et surtout : « Tu es heureuse? »

À l’aube de ma vie adulte, j’étais comme la plupart des jeunes sortant du secondaire. Je voulais partir au plus vite de ce coin perdu afin de m’installer en ville. Cette ville où il y avait tant à faire, où tout était possible. La ville et ses surprises, ses gens à découvrir. Qu’est-ce qu’il y avait à faire dans ma région pour une fille de 18 ans? Mais rien du tout. À mes yeux. Car à cet âge-là, ce qui compte plus que tout, ce sont les amis. Et ils partaient tous.

Quand je suis partie de chez mes parents, je me voyais comme une femme de carrière, en tailleur et en talon haut, parcourant les rues achalandées d’un centre-ville. Je ferais de l’argent, je serais mondaine. J’avais toutes les qualités requises pour être une madame d’affaires digne des films hollywoodiens.

J’ai commencé à travailler en ville. À un salaire… en bas de l’échelle, bien sûr. Prise dans le trafic dans ma petite Civic (en talons hauts!). Je vivais dans un appartement… avec trois autres locataires. Arrivée au week-end, on sortait dans les bars, peut-être, mais finalement, ce n’était plus si branché tout à coup. Et je me suis surprise à rêver de mon Témis. À y revenir plus souvent durant mes congés.

Alors que la vingtaine s’est avancée, plusieurs jeunes adultes ont commencé à revenir s’installer. Moi, inclue. Oui. Une bulle m’est passée au cerveau un week-end, et sur un coup de tête, j’ai commencé à magasiner une maison dans ma région d’origine. Et un mois plus tard, je commençais mon nouvel emploi.

Aujourd’hui, mon discours a vraiment changé. Au contraire, je suis devenue une ambassadrice de première. Quand quelqu’un dit qu’il semble n’avoir rien à faire dans ma région, je défile ma liste d’activités, d’endroits à découvrir, de festivals à assister, le tout sur un ton à faire pâlir n’importe quel politicien. Et je me donne, croyez-moi!

En vieillissant, nos priorités changent de place. La « coolitude » de ma vie n’a plus la même définition. Les bars branchés? Je m’en fiche tellement. D’avoir du temps pour moi, de voir mes proches régulièrement, aimer mon travail, ça par contre, c’est important. Et c’est tout ce que je retrouve.

Pendant la période estivale, la région se remplit d’étudiants de retour de la grande ville entre deux sessions. C’est alors qu’on a l’impression que partir du coin fait partie de la réussite. Ils découvrent ailleurs et tous ses attraits. S’ils savaient que plusieurs seront de retour, en finissant par se lasser de cette vie « trépidante » en ville. Je ne peux pas m’empêcher d’esquisser un sourire…

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