J’ai eu la chance de grandir dans une rue prise d’assaut par une dizaine d’enfants… On était la gang du village !

Ceux qui, comme moi, faisait trois-quatre maisons pour aller diner chez eux et regarder les pierrafeu. À l’époque, pas d’internet et les quatre postes sont TVA, Radio-Canada (BEURK !), Télé Québec (YAY !), TQS (mais bon, celui-là c’était beaucoup plus de la neige qu’une véritable émission !). Pas besoin de vous dire qu’on passait le temps dans NOTRE rue. Dès 15h, la circulation routière devenant tellement secondaire : c’est nous qui, à vélo, avions le monopole.

On avait UNE fille avec nous : Priscilla. Pas besoin de vous dire que c’était bien assez ! Je peux vous garantir qu’elle pouvait être une équipe féminine à elle toute seule. Quelques années après, on a eu les « nouvelles arrivantes » : Rox-Anne, puis Anne-Abel. Notre gang s’agrandissait et on était bien fier ! Surtout quand on allait faire des compétitions interécoles à Dupuy (ARK !), le village voisin… Disons qu’on ne les aimait pas beaucoup et que c’était tout à fait réciproque ! Je pense que tout a commencé là… Lorsqu’on se disait « POURQUOI ? Pourquoi il faut toujours que ça soit nous qui allions chez eux et pas l’inverse ? » Évidemment, ça ne nous a jamais passé par l’esprit que les installations étaient tout simplement mieux adaptées. Non, nous, on croyait à un complot, du favoritisme… À la limite, des tentatives d’assimilation pour nous amadouer, nous recruter dans leur pavillon ! Ça n’allait pas se passer comme ça !

Quand j’étais plus jeune (je ne dirai pas juste jeune, je vais me faire lancer des tomates !), la vitalité économique n’était pas si mal à Clermont : on avait un restaurant et un dépanneur. Notre dépanneur était à l’extrémité du village, on trouvait ça TELLEMENT loin à pied (en réalité, moins d’un kilomètre). Quand on y allait, c’était comme une expédition, une aventure. On finissait par arriver à destination, c’est certain, mais souvent après quelques heures à faire un tas d’autres choses dans le parc ou dans le bois. C’était dur de rester concentrer sur un objectif de mission puisqu’on trouvait toujours quelqu’un au passage qui avait souvent une très bonne idée d’activité et la seule option logique était, évidemment, d’y participer.

Bref, lorsqu’il a fermé, nous étions en deuil national… Le resto n’était plus là non plus. Disons que les milliers de bonbons, de popsicle et autres friandises merveilleuses nous manquaient énormément. On avait l’impression de s’être fait enlever une partie de nous, nos souvenirs, notre fierté, mais surtout nos bonbons !

J’ai appris plus tard qu’il y avait eu avant moi jusqu’à QUATRE magasins en simultané. Je n’en croyais pas mes oreilles. Comment est-ce que ça put être possible ? On m’a expliqué que (concurrence oblige) il n’en était resté qu’un et que, comble de malchance, personne n’a repris la relève de l’entrepreneure. Encore plus de malchance quand cette même personne gérait à la fois le magasin, la caisse populaire et le bureau de poste ! Le dernier a été le seul rescapé, par ma mère, voilà près de 40 ans. Elle le tient toujours d’ailleurs : au sein même de notre maison, tel le phare d’un riche passé.

Aujourd’hui, en voyant LE gars de la gang de filles du village (ironie du sort), je me suis rappelé le nombre incalculable de fois que nous avions réinventé le monde, notre monde. On voyait grand pour chez nous, pour Clermont. Au secondaire, on n’était pas de La Sarre, mais bien du village voisin. Toute une différence ! Et même si on faisait nos vies de notre côté, quand on se voyait, on avait toujours cette lueur dans l’œil : un sentiment indescriptible envers un frère ou une sœur d’arme de son village natal. Au cégep et à l’université, seul de ma légion, j’ai pris un malin plaisir à spécifier que je ne venais pas de La Sarre, ni d’Abitibi-Ouest, mais bien de Clermont. Et, à force, je me suis dit que réinventer le monde, ce n’était peut-être pas si fou que ça finalement. Je suis revenu sans être jamais vraiment parti et me voilà devenu maire. Un mot pompeux qui me rappelle « les bosses des bécosses » du village : Priscilla, Rox-Anne, Anne-Abel et tous les autres. Eux aussi reviendront, ils le font tous ou presque. Ma théorie: on ne trouve plus beau paysage que celui qui nous a vues grandir et qui a grandi au même rythme que nous.

Alors, lorsque vous croiserez un enfant dans votre beau village, dites-lui d’en être fier et de se battre pour maintenir en vie ce que vous avez construit ! L’air de rien, il pourrait diriger votre municipalité demain…

Merci infiniment papa.

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