Samedi matin, par un soleil radieux et au mitan de l’été, un goût d’escapade improvisée nous tenaille. De notre port d’attache près de Trois-Pistoles, nous rassemblons le nécessaire et nous voilà en route pour une petite incursion en Gaspésie. Une région mythique pour Francine et moi, une terre que nous fréquentons périodiquement depuis plus de 40 ans pour ses paysages, ses villages, son odeur de mer, son authenticité.

Nous empruntons toutes les petites routes qui longent l’estuaire. Nous nous arrêtons à tous les quais, pour marchons sur les plages caillouteuses, nous humons l’air iodé en provenance du large et traversons, respectueux, les tranquilles communautés vieillissantes.

Nos rêveries et la douceur de la fin du jour nous conduisent jusqu’à Ste-Anne-des-Monts. Nous retrouvons une petite ville côtière à la fois paisible et dynamique, où la mairesse fait de la culture et de la sauvegarde du patrimoine la pierre angulaire de sa politique de développement: petites places publiques, nombreux panneaux avec extraits de poèmes d’une personnalité locale, sculptures issues du symposium des bois d’épave, aménagement léger du bord de mer…

Installés dans un petit motel les pieds dans l’eau, Le Beaurivage, nous sommes bientôt sur la grève à cueillir des cailloux, geste machinal tant de fois répété à St-Fabien-sur-Mer, à Percé, à l’Anse-à-Beaufils, à contempler l’horizon infini et à profiter d’une soirée exceptionnellement douce.

La faim nous conduit au Pub Chez Bass où poisson, steak-frites et bière en fut garnissent bientôt notre table au soleil couchant. Puis, nous nous attardons au quai et sur la promenade pour prolonger le plaisir d’une longue soirée tiède sur une portion de la côte de la Gaspésie. Le bonheur! Bienheureux, nous dormirons comme Alexandre.

Le lendemain matin, dimanche, un somptueux déjeuner est servi à la salle à manger. En prime, vue panoramique sur la mer qui scintille au soleil encore jeune.

Plusieurs haltes marquent le chemin du retour, désireux de retarder l’heure de la rentrée. À Grosse-Roche, nous dînons de hamburgers et de frites assis à une table à pique-nique derrière la cantine aux airs des romans de Jacques Poulin, avec la plus belle vue du monde offerte sur écran géant devant nous. Une petite fille de 8 ans, avec beaucoup de causette, vient nous faire la conversation tout au long de notre repas. Elle nous parle avec bonheur de son école, de sa petite sœur, de son grand frère, de son papa et de sa maman. Un moment charmant.

Je crois que ce que nous aimons avant tout de la Gaspésie, c’est son côté sauvage, rebelle.  La Gaspésie n’a jamais été domestiquée, modernisée, totalement humanisée. La Gaspésie est d’un caractère éminemment rustique, composée d’un littoral brut, d’une végétation indomptée, de falaises coriaces qui se dressent comme des gardiennes farouches de l’arrière-pays. La Gaspésie, comme la côte de la Norvège, c’est d’abord un espace dominé par une nature sans mesure où  la mer poursuit ici un éternel combat contre le massif appalachien, ossature titanesque de cette péninsule qui plonge ses racines loin dans les états de la Nouvelle-Angleterre. Les White Face Mountains et le Mont Acadia (si cher à Margueritte Yourcenar) font partie de la même formation géologique.

« Nous reviendrons bientôt, avant la chute des feuilles, visiter plus à l’est la rudesse de tes paysages, l’authenticité de ce que tu as à offrir, l’harmonie de ta ligne de côte, l’évanouissement de la Côte-Nord au bout de l’horizon, la simplicité de ton accueil, l’âme du pays, chère Gaspésie ».