Lors des travaux à la grange l’été dernier, j’avais enlevé la cabane des hirondelles où, après l’hiver passé dans le sud, un couple fidèle vient année après année couver une nouvelle nichée. Bien sûr il y a une succession de couples au fil des ans, mais j’ignore comment se fait la transmission du patrimoine immobilier au sein de la famille. Y a-t-il un notaire des hirondelles qui voit au transfert des nichoirs en évitant les chicanes de succession ?

Toujours est-il qu’une fois les travaux terminés, je n’avais pas réinstallé la cabane. Or, comme le veut à contrario le dicton, un couple d’hirondelles s’est présenté aux premiers jours du printemps (pas celui au calendrier mais celui du 5e rang de Saint-Mathieu-de-Rioux, soit aux premiers jours de mai). En l’absence de la cabane, le petit couple était désemparé. Tous les matins, durant quatre ou cinq jours, lui et elle se présentaient sur le fil électrique en face de la grange, interrogateurs, incapables d’admettre la disparition de leur logis.

Devant ce spectacle désolant et rongé par la culpabilité, je décidai de leur offrir une toute nouvelle demeure. Plan sur internet, trou d’entrée de la bonne dimension (1 1/2 po.) et à la bonne hauteur par rapport au plancher (4 po.), perchoir, première couche puis deuxième couche de peinture, fixation des attaches et hop! à bout de bras dans l’échelle, une vis, deux vis, trois vis… voilà mes jolies!

Dès le lendemain matin, après leur dodo dans le boisé au sud du ruisseau, les voilà qu’elles arrivent. Elles ont tôt fait de remarquer la nouvelle construction. Après de grandes et fulgurantes arabesques dans le ciel, elles viennent se percher à tour de rôle à la porte d’entrée. Je capte alors leur appréciation : « Non ce n’est pas la même mais on ne perd pas au change. Et la couleur blanc bouleau ça fait plus moderne. On sera bien ici ».

Et sans perdre de temps, elles se mettent en frais de construire le nid dans un va-et-vient incessant. Bientôt, trois ou quatre petits oisillons perpétueront la famille hirondelle.

 

Cui, cui, cui, mon histoire est finie.