Il y a près de cinq ans, mon ami François et moi sommes embarqués en voiture vers une destination inconnue.

– Vers où on va? Sud, Ouest, Est? (Je crois que le Nord ne faisait pas partie des propositions à ce moment-là.)
– Pourquoi pas vers l’Est? (Moi qui mettais les pieds dans le Bas-Saint-Laurent presque tous les ans du temps de mon bacc., ça devait bien faire 3-4 ans que je ne m’y étais pas dirigée et j’avais bien envie de voir le fleuve devenir estuaire.)

 

Notre route : la 132. Jour 1 : Rivière-du-Loup. Jour 2 : Le Bic.

À la fin de cette journée, dans le secteur du cap à l’Orignal, se posait la question de la poursuite de notre trajet. Nous aurions pu descendre au Sud vers les Maritimes ou traverser le fleuve pour aller vers la Côte-Nord natale de mon cher ami. Au lieu de quoi, il m’a plutôt dit : « J’t’amène prendre un spa au Sea Shack*. C’est à Sainte-Anne-des-Monts, à environ 2 h 30 d’ici. J’y suis arrêté à vélo l’an dernier. » Why not? On rêvait du petit apéro sur le bord de la mer au soleil couchant, les fesses dans l’eau chaude!

Je n’avais pas mis les pieds en Gaspésie depuis mes 17 ans, année de mon premier voyage « sans parents ». 10 ans plus tard, je retrouvais avec émerveillement la mer à perte de vue et l’air salin. En cette fin mai, l’auberge était tranquille, nous avions la place à nous. Notre spot de camping était magnifique, sur le bord de la mer, dans un bosquet. Nous nous y sommes accrochés les pieds et s’est arrêtée là notre route vers l’Est.

Les déjà initiés vous diront que ça n’a rien d’exceptionnel. Moi, je trippais! François est parti quelques jours plus tard, j’y suis restée… j’avais plus de temps que lui devant moi et j’avais envie de visiter un peu de la Côte-Nord ou de Portneuf sur mon retour. Pourtant, je n’ai quitté la Haute-Gaspésie que pour faire le tour de la péninsule en bus festif, avec une belle gang de malades. Trois semaines après mon arrivée en Gaspésie, je repartais vers mon appart montréalais (que j’occupais depuis la fin de mes études à Sherbrooke deux ans auparavant) pour faire mes boîtes, dire au revoir à ma meilleure amie qui partait vivre en France et m’acheter une voiture : j’allais vivre en Gaspésie, en colocation avec l’aubergiste qui nous avait accueillis un certain jour de mai – et qui est devenue la mère de mon premier filleul!

 

Route 132 en Haute-Gaspésie, photo : MCL.

Sur les « pleins » en Haute-Gaspésie

C’est un 1er juillet que j’ai emménagé à Cap-au-Renard, ce charmant petit village entre parenthèses. La route, cette journée-là – au départ de St-Hilaire, la ville voisine d’où j’habite maintenant (drôle, la vie) – a été belle et survoltante. Je ne me pouvais plus d’excitation. J’ai ri, chanté à tue-tête, été émerveillée…

Il faisait beau et quand j’ai dépassé Ruisseau-Castor, dans le passage que fait la 132 dans une parcelle de montagne avant de redescendre sur les « pleins », j’ai hurlé de joie. J’y étais! Je ne savais pas pour combien de temps, je n’avais pas de plan précis, mais toutes les promesses étaient devant moi… et je n’ai pas été déçue!


*Le Sea Shack fête officiellement ses 10 ans dans un mois. Je serais curieuse de savoir combien de personnes cette auberge festive a contribué à faire venir non pas des gens juste de passage, mais des jeunes qui ont choisi de s’ancrer les pieds sur la péninsule, en Haute-Gaspésie ou ailleurs dans la région. Il faut leur donner : Alexis et Simon ont fortement contribué à dynamiser ce territoire un peu sauvage qu’est la Haute-Gaspésie.