Je suis content. Peut-être vous souvenez-vous de ma récente chronique sur les fromages de chez nous? Plusieurs d’entre vous avez réagi et j’ai reçu quelques messages témoignant des nombreuses embûches auxquelles doivent faire face nos artisans-fromagers. Quand on dit embûches, le mot est faible, comme vous le verrez dans ce témoignage dont j’aimerais partager un extrait particulièrement émouvant avec vous et qui illustre précisément ce à quoi je faisais référence. Ma correspondante ne tient pas à être identifiée, et ça va comme suit :

 «  nous avions deux fromageries dans notre village il y a peu : fromages de chèvre bio et fromages de lait de brebis…

Nous étions enchantés des fromages de chèvre, dont un était particulièrement bon. Mais pour rester dans les normes la chevrière devait acheter son foin « bio » en Ontario… après avoir suivi les recommandations multiples du ministère et du CDL (centre de développement local) »…« Puis elle a participé à un voyage en Europe pour mieux s’informer, pour prendre des leçons. Elle en est revenue renversée de toute l’aide dont les fromageries artisanales profitaient et des exigences beaucoup moins lourdes en investissement pour les installations. On a senti son découragement s’installer progressivement… elle a dû laisser tomber le bio. Puis faire faillite. Elle a pu sauver sa maison de justesse… »

Que ce soit le MAPAQ, l’UPA, le CLD ou toute autre fédération/organisme de production agro-alimentaire québécoise/canadienne, tout semble se liguer contre ceux et celles qui, avec de modestes moyens mais des tonnes d’énergie et de volonté, désirent réaliser leur rêve de participer à la grande aventure agro-alimentaire du Québec et offrir à la population des produits authentiques de qualité.

Nous sommes tous d’accord pour dire qu’il est primordial que la santé de la population soit bien protégée et que les organismes qui en ont la responsabilité puissent informer, suivre et intervenir¹, si nécessaire. Cependant, il est permis de se demander si la multiplication des règlements et des exigences de tous ordres, sous le couvert de la protection des consommateurs, n’existent en fait que pour conserver aux gros producteurs la mainmise sur l’ensemble de l’industrie. Plusieurs de ces organismes ne sont en fait que des lobbys qui n’ont comme objectifs que la protection des intérêts de leurs membres, l’embrigadement du plus grand nombre et l’expansion de leur influence.

Les histoires d’horreur en cette matière ne sont pas exclusives à l’industrie fromagère. Qu’on pense à nos produits viticoles que la SAQ néglige de promouvoir au profit de tout autre produit venu d’ailleurs, à nos grands cidres, qu’on pense à la bière, aux œufs etc. Tout est tellement difficile et compliqué pour les petits producteurs. Alors que le gouvernement du Québec dépense des centaines de millions de dollars en programmes de soutien aux grandes productions (laitières, porcines et agricoles) où sont donc les mécanismes de soutien qui permettraient aux petits producteurs de développer leurs produits et les mettre en marché sans constamment être menacés de faillite?

Alors qu’on parle et discute sans fin d’occupation du territoire, de développement des régions il serait peut-être temps que les bottines suivent les babines et qu’on adopte, bien avant les structures, organismes et règlementations, une philosophie d’ouverture, d’encouragement et de soutien aux initiatives qui vont dans ce sens.

En passant, j’ai le bonheur d’acheter un cheddar clandestin qui me ravit; mais pas question d’en dire plus, même sous la torture. J’entends déjà les gros sabots qui s’agitent…

¹ On se rappellera la catastrophe du 6 septembre 2008 alors que le MAPAQ, suite à une déclaration de listériose, intervenait chez quelque 300 producteurs et détaillants et procédait à l’élimination de 27 tonnes de fromage. À la suite de cette intervention, nombre d’artisans-fromagers n’ont pu se relever et ont dû abandonner leur rêve.