La Chronique du Prof

D’après un sondage sur les intentions de migration en milieu rural réalisé en 2009 auprès d’adultes des régions métropolitaines de Québec et de Montréal pour le compte de la coalition Solidarité rurale, un résident sur cinq (19,5%) a pensé s’installer dans une municipalité rurale du Québec. Ceci représente environ 700 000 adultes. Plusieurs de ces néoruraux en puissance, porteurs d’idées, de talents et de compétences, pourraient injecter un nouveau dynamisme dans leur communauté d’accueil. Les milieux ruraux disposent ainsi d’un potentiel d’attractivité qui peut être à la source de richesses et d’opportunités de développement.

Le sondage révèle aussi les principales raisons qui motivent les citadins à vouloir migrer vers les milieux ruraux :

  • Recherche de tranquillité (58,9 %)
  • Recherche de grands espaces ou l’envie de se retrouver dans la nature (21,6 %)
  • Fuir la ville et son stress (10,1 %)

Les facteurs les plus déterminants dans le choix d’une municipalité rurale plutôt qu’une autre :

  • Disponibilité des services (34,5 %)
  • Proximité de la nature et des grands espaces (24,9 %)
  • Proximité du travail, d’écoles, de la famille ou des amis (13,4 %)
  • Coût d’acquisition d’une maison ou d’un terrain (8,6 %)

Les services jugés indispensables que l’on recherche dans la municipalité d’accueil ou son environnement immédiat :

  • Présence d’un hôpital, d’une clinique, d’un CLSC ou d’une pharmacie (47 %)
  • Présence d’une épicerie (25,8 %)
  • Institutions d’enseignement (12,9 %)
  • Centre d’achats (11,9 %)

46 % des répondants affirment que la disponibilité d’Internet haute vitesse pourrait être un facteur qui influencerait certainement ou probablement leur choix d’aller vivre dans une municipalité rurale plutôt qu’une autre.

Le choix de s’installer à la campagne est une décision importante qui suppose mûre réflexion nourrie par diverses sources d’information (bien que certains vont suivre une intuition forte ou seront amenés à quitter la ville pour vivre le rêve rural du fait d’un ensemble de circonstances : emploi, vie de couple, liens familiaux, héritage…).

L’intérêt grandissant pour une vie et un travail en milieu rural à fait naître des initiatives ayant pour but de procurer une préparation aux candidats désireux de s’installer à la campagne d’une part, de faciliter l’accueil et l’intégration de ces nouvelles populations d’autre part. À Solidarité rurale on se préoccupe de ces questions ainsi qu’à l’organisme Place aux Jeunes dont le thème de leur congrès de 2013 était : « La migration : moteur pour l’occupation et la vitalité des territoires ». Dans plusieurs MRC on a adopté des stratégies d’accueil des nouveaux arrivants.

À l’Institut national de la recherche scientifique (INRS-Urbanisation, Culture, Société) à Montréal, il y a le « Groupe de recherche sur la migration ville/campagne et les néoruraux » sous la direction de Myriam Simard, qui est aussi dédié à ces questions.

Myriam Simard fut invitée par l’organisme Place aux Jeunes, à donner une conférence le 1er octobre 2013 à Montmagny lors de la 10e édition de leur Congrès national portant sur la migration des jeunes en région, intitulée Les jeunes néo-ruraux au Québec : portrait et défi.

Lors de la dernière Université rurale tenue en Estrie en septembre 2013, Myriam Simard et Laurie Guimond ont présenté les conférences suivantes :

  • Myriam Simard, La séduction au quotidien : Qui et Comment attirer pour déjouer la dévitalisation de nos villages?
  • Laurie Guimond, Être ou ne pas être…de la place? Ce qui éloigne et rapproche les néo-ruraux des résidents de longue date.
  • Voir d’autres publications

En France où le phénomène de la néoruralité a pris une grande ampleur au cours des trente dernières années, un organisme national lui est spécifiquement dédié : le Collectif Ville Campagne. Il s’agit d’une association nationale au service de ceux qui désirent s’installer à la campagne, et des territoires ruraux qui souhaitent accueillir de nouvelles populations. Vous lirez notamment sur ce site :

« Que ce soit pour reprendre un commerce, se mettre à son compte, créer un lieu culturel, devenir agriculteur, ouvrir des chambres d’hôtes, travailler à distance ou trouver un nouvel emploi, l’installation à la campagne ne se fait pas en un jour mais progressivement.

C’est un véritable parcours jalonné d’étapes : l’envie, l’idée, le projet, l’installation, l’intégration. Bien sûr, ce parcours reste théorique. Dans la réalité, les étapes sont moins linéaires et varient selon les individus et les projets. On peut tout aussi bien s’installer puis bâtir son projet professionnel dans un deuxième temps, avoir des périodes de transitions ou imaginer des étapes intermédiaires : c’est à chacun de construire son propre parcours !

En moyenne, il faut deux ans entre l’idée de partir à la campagne et l’installation effective. Cette durée indicative concerne ceux qui sont dans une démarche de changement professionnel et de changement de vie profond. Une simple « délocalisation » d’activité peut prendre beaucoup moins de temps. »  (…)

« L’intégration sociale nécessite, tant de la part des accueillants que des accueillis, de prendre conscience de l’autre, de se rencontrer, pour être capable de vivre ensemble et de faire société. On ne saurait trop conseiller de fréquenter les commerces locaux, de s’inscrire aux associations, de mettre ses enfants à l’école du village, de participer aux fêtes locales. Et d’observer… prendre du temps et de la distance pour aborder les personnes et les situations, au lieu de se focaliser sur un point de vue.

Ceux qui vivent sur place depuis la naissance pourront rire de vos idées farfelues, de votre métier bizarre ou de vos tomates maigrelettes, mais avec le temps, les regards évoluent. Reste que, même 30 ans plus tard, le néorural n’est toujours pas considéré comme un authentique campagnard… peut-être parce qu’il ne le sera jamais complètement ? »

Le Québec d’aujourd’hui se construit non seulement avec ses métropoles et ses agglomérations urbaines, mais avec ses régions, ses petites villes et ses villages. Les néoruraux contribuent à la reconquête démographique des communautés rurales et à l’injection d’un dynamisme renouvelé tant sur le plan social et culturel qu’économique. Ce mouvement ne peut être négligé. Il faut savoir l’encadrer, lui offrir des structures et des aides pour faciliter l’arrimage entre les candidats au départ et les milieux d’accueil. Ces derniers seront attentifs aux attentes et aux besoins de ceux qui souhaitent poser chez eux leurs valises chargées de rêves, mais aussi de talents et d’idées innovantes. Les nouveaux arrivants verront à s’intégrer et à participer à la vie locale sans bousculer ni chambouler brutalement les façons de faire. Le respect et le dialogue favoriseront les évolutions vers la compréhension mutuelle et la collaboration pour un nouveau « projet rural ».

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