Ça y est, depuis deux semaines, je suis au nombre de ces gens de banlieue qui migrent vers la métropole quotidiennement. Je travaille downtown, coin Saint-Laurent et Sainte-Catherine, mes amis! Tous les matins, je prends la voiture pour me rendre à la gare, j’attends le train avant de m’y asseoir pour trois quart d’heure (il faut dire que le train a le très grand avantage de me permettre de travailler… ou d’écrire ce billet!), je descends du train – dans cette même file d’individus de noir vêtus qui ont l’air de se prendre pour des fourmis (trajet bien défini et en cadence) – et je marche une vingtaine de minutes jusqu’à mon lieu de travail (une belle marche de santé sur le boulevard René-Lévesque – dans le son ambiant de la circulation – ou sur Sainte-Catherine – parmi les incitations à la consommation de matériel en tout genre : vêtements, chaussures, électronique, resto, cardio, spectacles… name it!). Si on fait le calcul, incluant le temps de transit entre mes différents moyens de transport, j’en suis à presqu’une heure trente pour me rendre au boulot chaque matin… et faut-il encore que j’en revienne le soir venu!

Constat numéro 1 : Pour moi qui ai majoritairement travaillé directement de la maison au cours des 7 dernières années, c’est quelque chose! Finies, les matinées où trente minutes après m’être levée (assez tôt et sans cadran), j’étais devant l’ordi, en vêtements mous, à siroter mon café et à commencer ma journée, détendue et super concentrée sur la tâche à accomplir.

Heureusement, l’édifice où je travaille est super intéressant. Construction toute récente certifiée Leed Platine, la Maison du développement durable m’accueille chaque matin avec son mur végétal. Après une marche bétonnée, j’avoue que ce petit coin de verdure me fait toujours du bien.

Nous sommes cinq au bureau et j’occupe un espace ouvert. Déjà, il y a un petit quelque chose au niveau de la concentration à travailler! N’ayez crainte, toutefois, je n’ai pas le grand malheur de devoir me farcir des paravents gris en tapis. Ouf! Le bureau, lui, est très vitré… assez pour me donner une « belle » vue sur les murs des édifices voisins.

Constat numéro 2 : Je m’aperçois maintenant plus que jamais la chance que j’avais de travailler de la maison en Haute-Gaspésie. Non seulement pour l’absence de distance à parcourir chaque matin (ok, je le confesse, quand je n’avais pas à me rendre dans une rencontre ailleurs sur la péninsule, mais ça, c’est une autre histoire), mais aussi pour l’environnement de travail. Mon bureau était dans une verrière. À l’ouest, j’avais une vue superbe sur une petite montagne nommée les Sauteux et la mer s’étendait au nord, à perte de vue. Comme lieu d’inspiration et de travail, c’était assez imbattable!

En faisant un saut en Montérégie, je savais à quoi je m’exposais : métro (ou train)-boulot-dodo. Mais peut-on vraiment bien comprendre quelque chose sans l’avoir vécu? Jusqu’à tout récemment, mon travail était d’inviter les gens à venir vivre en Gaspésie ou aux Îles-de-la-Madeleine pour y travailler, y entreprendre, y étudier… J’étais convaincue – et le suis encore – de tous les avantages que la région possédait par rapport aux centres urbains. Je crois toutefois que je comprends encore maintenant beaucoup plus concrètement les facteurs qui, un jour, lors de vacances ou d’un autre événement, font une brèche dans la tête gens qui commencent à chercher ailleurs le cadre de vie souhaité pour faire grandir leurs enfants.

Confidence : La semaine dernière, je me suis surprise lever les yeux en passant sur le pont des trains (Victoria) pour voir le fleuve, avant mon arrivée à la gare centrale. Inconsciemment depuis deux semaines, mon esprit a chaque matin pris sa dose de grande eau. Ce n’est pas la mer, mais la vue du fleuve ajoute un petit plus encore au Richelieu qui coule devant mon nouveau chez moi.