C’était la journée de la femme samedi.

Vous l’avez surement remarqué sur votre fil d’actualité Facebook. Toutefois, pour cent statuts « humoristiques » qui rappelaient à la femme son devoir de mettre les bouchées doubles le lendemain dans ses devoirs, un seul a écrit : « Bonne journée de la femme, une journée comme celle-ci est méritée. » Car ici, on parle bien d’une journée de la reconnaissance des droits de la femme, à la base. Ce n’est pas une journée pour nous lancer des fleurs, c’est une identification des droits que les générations précédentes ont fait valoir. Et saviez-vous qu’un nombre important d’hommes ont été des alliés? Car le but dans tout ça, c’est bien d’être égaux non?

La semaine passée, j’étais dérangée par les blagues dégradantes d’un homme envers son amie. Au moment où je me suis indignée, on m’a dit que ce n’était que de l’humour. On m’a demandé si j’étais menstruée, si j’avais une petite montée d’hormone ou si j’étais en manque de sexe. Pourquoi quand une femme dit qu’on lui manque de respect, ce sont ces commentaires qui fusent? La ligne est mince entre le manque de respect et l’humour, n’est-ce pas? C’est castrant, une femme qui ne veut pas se faire dire qu’elle est nulle et qu’elle manque d’intelligence? J’ai lu un article d’un homme qui disait aux femmes : « Soyez aimable et développez votre sens de l’humour. » L’humour a le dos large quand un autre répond sur les réseaux sociaux : « Une féministe qui se fait violer, est-ce vraiment si grave au sens moral? »

Ici, les femmes ne sont pas excisées, elles peuvent voter et elles sont considérées libres. Mais dire que tout va bien en se comparant au pire n’est peut-être pas l’attitude à adopter. Ici, l’avancement a fait changer les enjeux. Ils sont autres, mais demeurent bien réels.

Depuis quelques semaines, mon attention s’est tournée vers les luttes féministes. Les débats récents sur la culture du viol m’ont complètement bouleversée. Cette fameuse culture du viol, c’est quand on banalise le viol, quand on culpabilise les victimes et quand on déresponsabilise les agresseurs. Ce phénomène décourage la victime à dénoncer, car on lui fait croire que par son attitude, elle l’a vraiment cherché. On enseigne aux petites filles de ne pas marcher seules le soir, de suivre des cours d’autodéfense, de ne pas boire d’alcool. Mais enseigne-t-on assez aux petits garçons ce qui est acceptable ou pas, dans leur conduite avec l’autre sexe? Je trouve problématique d’entendre un jeune garçon crier dans les couloirs de l’école : « Sophie t’es vraiment tight ! » et d’entendre ses amis dire en riant qu’ils vont la sodomiser. C’est « juste une joke madame » que je me suis fait répondre… L’humour a le dos large, je vous disais? Le succès mondial du livre Fifty Shade of grey normalise la domination sexuelle et les femmes viennent à croire qu’elles devraient aimer ce type de violence. Dans les représentations pornographiques, le corps féminin est un objet à dominer et à violenter. La frontière entre le viol et la domination consentante n’est pas toujours claire.

« On ne naît pas femme : on le devient », disait Simone de Beauvoir dans son livre « Le Deuxième sexe ». Devenir une femme, ça évolue au gré de nos expériences, de nos lectures et des événements. Devenir une femme, c’est surtout garder l’équilibre entre la dominée et la dominatrice et arriver à un rapport réellement égalitaire avec les autres.

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