« Tu m’écrirais-tu un article pour le Tam Tam? »

C’est ma belle gaspésienne qui me parle. Elle est abonnée à cette publication mensuelle qui se veut l’écho des principaux événements qui surviennent dans la MRC d’Avignon, aussi connue comme la région des Plateaux, d’où elle est originaire.

Le dernier numéro propose plusieurs articles sur les difficultés des villages environnants confrontés au dépeuplement, à l’effritement de leur base économique traditionnelle et conséquemment à la  diminution graduelle des services. Plus spécifiquement, au cours des 25 dernières années, le village de St-Alexis de Matapédia a vu successivement fermer, un de ses deux dépanneurs, l’hotel/bar, le restaurant, la ferronnerie, le magasin de vêtements et dernièrement son école primaire. D’autre part l’église n’est ouverte qu’occasionnellement (prêtre itinérant), on n’a plus les moyens d’opérer la salle culturelle et le bureau de poste est aussi menacé de fermeture.  La goutte qui a fait déborder le vase c’est que la seule épicerie encore ouverte ne fait plus ses frais, plusieurs préférant, malgré la distance (80km aller-retour),  faire leurs courses à Campbellton au Nouveau Brunswick¹.

Vous me direz, avec raison, que les gens sont libres de faire leurs achats où ils veulent mais pour ceux et celles qui vivent en région et surtout dans des villages en difficulté, cette liberté a un prix.  C’est ainsi que les gens du village de St-Alexis découvrent horrifiés l’ampleur du problème et surtout l’angoisse des conséquences si rien n’est fait.

Ce ne sont certainement pas les gouvernements qui viendront à la rescousse malgré l’annonce de gros projets, les éoliennes et la nouvelle cimenterie en sont de bons exemples. Les miettes que laissent de pareils investissements dans les villages et régions ne favorisent nullement la pérennité des structures existantes et le développement de nouvelles sources de revenus.

La seule vraie solution réside dans la mise à jour de l’esprit communautaire lequel doit mettre de côté les rivalités de villages et les guerres de clocher pour les remplacer par une réelle collaboration, un sens du partage des responsabilités et une mise en commun des services existants pour le bénéfice de tous. En démontrant une grande détermination et en proposant des objectifs rassembleurs ciblés, on crée un momentum positif et un environnement propice à intéresser des contributeurs potentiels.

« Pis, mon article, ça te tente ou pas? »  C’est ma belle gaspésienne qui rapplique.

« Je m’y mets immédiatement. »

En fait, tout en écrivant l’article en question, je me surprends à faire la réflexion suivante : la diaspora de tous ces villages ne représente-t-elle pas une force vive pour sur laquelle s’appuyer? Je  n’ai qu’à écouter ma conjointe parler de son village et l’entendre divaguer;  s’cusez, je voulais dire fantasmer; pardonnez-moi je voulais dire témoigner de la merveilleuse vie qu’était la sienne quand elle était jeune.

Blague à part, tous les gens issus de ces merveilleuses régions du Québec conservent jusque dans leur tombe les souvenirs nostalgiques de leur enfance et personne ne voudrait voir le village qui les a vu naître, disparaître de la carte de la province. C’est, en fait,  une grande part de leur identité individuelle.

Y a-t-il quelque-chose qu’on peut faire pour aider?

Désolé, l’euthanasie n’est pas une solution.

 

¹ Cette MRC est à la limite de la frontière entre le Québec et le Nouveau Brunswick. Les municipalités québécoises les plus proches sont Causapscal (56km) à l’ouest et Pointe-à-la-Croix (46) à l’est.