La mer, c’est comme une drogue. On s’y fait, on s’y laisse absorber et même ceux qui n’ont pas conscience de leur dépendance vivent le manque – je réfère ici aux « natifs » qui ne disent pas à toutes les deux secondes « que c’est beau » à chaque fois que leurs yeux se posent sur la grande bleue parce qu’ils n’ont connu que ça depuis leur tendre enfance. Par opposition, vous aurez compris que tout être un tant soit peu contemplatif – comme moi… et ma mère aussi (!) – se laissera aller à dire tout haut, régulièrement, à quel point « c’est beau », la mer.

Les premières fois où j’ai quitté la Gaspésie pour aller visiter parents et amis, il me fallait moins de 36 heures pour ressentir le manque de l’horizon, du son des vagues, de l’air salin.

Ensuite, quand je faisais le chemin du retour vers mon nouveau chez-moi, déjà le fleuve dans le Bas-Saint-Laurent venait m’apaiser. Ça libérait un je-ne-sais-quoi dans les environs de mon plexus solaire. Le premier effet vraiment bénéfique arrivait en quelque part sur la 20 au moment de contourner Rivière-du-Loup et le coup final de bonheur se produisait immanquablement sur la 132 entre Ruisseau-Castor et Cap-au-Renard (clin d’oeil à toi, JCF). Je me souviendrai certainement toujours du ressenti à ce petit point précis de la route qui fait le tour de la péninsule, le jour de mon déménagement en Gaspésie. Ô ce que j’ai crié de plaisir, seule dans mon habitacle (j’en conviens, ça fait bizarre écrit de même, mais je suis certaine que tout le monde peut penser à un moment semblable où la joie déborde de partout, même au volant… et peut-être même que ce moment a été vécu en Gaspésie)!

La semaine dernière, après quasi trois mois sans voir la mer, j’ai eu la chance (oui, parce que c’est une véritable chance) de passer près de 10 jours près d’elle. Bien sûr, j’ai recommencé à penser tout haut et à m’exclamer plusieurs fois par jour sur la beauté des lieux… une vraie touriste!

Puis, lors d’un petit arrêt à la SAQ, la commis m’a dit à quel point elle était certaine d’avoir le plus beau coucher de soleil de toutes les succursales du Québec (vous en jugerez par vous-même à votre prochain arrêt à Bonaventure). À la boulangerie, la fille qui servait les repas avait « Gaspésie, je t’aime » tatoué dans le cou, littéralement. Ça m’a rappelé à quel point la Gaspésie est une région qu’on aime de coeur, avec les tripes. C’est un coin de pays qui ne laisse pas indifférent. Elle est belle, la Gaspésie. Normal, elle est vêtue de mer. Une mer qui change de tenue selon la couleur du ciel et qui prend de la texture au gré du vent. Une mer qui appelle très fort lorsqu’on s’en éloigne…