Allô la raison de vivre!

Allô la raison de vivre!

Par Jessy Laflamme

Je ne pensais pas avoir d’enfants dans ma vie. J’aimais trop ma liberté pour m’embarquer dans cette aventure. Cependant, le cupidon de la maternité m’a un jour décoché une puissante flèche.

Autant que dans mon adolescence, avoir un enfant semblait un obstacle à ma vie rêvée, autant qu’à la mi-vingtaine ne pas en avoir me donnait l’impression de gâcher ma vie.

Gâcher est un mot un peu fort, mais chose certaine, pour moi, un enfant donnerait un sens à ma vie. Et c’est exactement ce qui est arrivé, mais j’avais aussi raison à l’adolescence, j’ai perdu de ma liberté.

Je m’explique : pas question d’arriver passé cinq heures à la garderie. Plus question d’aller au dépanneur simplement pour une liqueur ou de sortir spontanément prendre une bière à la taverne du village.

Ça se fait encore, mais c’est plus compliqué, et surtout l’hiver. Les bottes, les mitaines, les tuques, ouf, ça prend finalement plus de temps à habiller l’enfant que de boire la fameuse liqueur. Et pour la bière, il faut une gardienne, donc finie la sortie impulsive.

Aussi, il n’est plus possible de ne rien faire pendant une journée. Ça nous arrivait à mon chum et moi de passer une journée carrément au lit à écouter des films, à se coller et à dormir. Aujourd’hui, c’est fini.

On se contentait parfois d’un bol de céréales pour dîner. Heu, ça marche plus. Nous, on peut le faire, mais la petite préfère de loin un sandwich ou du macaroni. Et que dire de tous ces MAMANS! qu’on peut entendre dans la journée qui sont synonyme d’un dégât ou d’un BANG! qui signifie qu’elle a encore grimpé quelque part et qu’elle est tombée.

Et dans ces moments-là, quand elle court vers moi pour que je la console et que j’ai l’impression d’être la femme la plus réconfortante au monde, je ne regrette plus ma liberté.

Et des instants comme ceux-là, j’en vis maintenant au quotidien. Une caresse spontanée, des petits bras qui entourent mes jambes, des bisous, un Au clair de la lune en duo, un maman vient écouter la télé avec moi, un merci maman, un c’est bon maman et un bricolage provenant de la garderie en cadeau sont toutes des raisons qui compensent fortement la liberté. Et il ne faut pas oublier le Je t’aime maman qui n’a tout simplement de prix.

Et donc oui, j’avais raison, ma vie a maintenant un sens.