Comme je l’évoquais dans ma dernière chronique, les 47 Parcs naturels régionaux en France ont été créés dès 1967 pour contrer la dégradation économique et sociale des campagnes, par des efforts soutenus de renouvellement de l’économie traditionnelle en mettant l’accent sur la mise en valeur et la protection des patrimoines naturel, historique et culturel locaux.

La mission des PNR fait appel à la coopération et à la solidarité des communes réunies dans ces espaces, reconnus comme des territoires de projets. Les potentiels agricole, industriel, touristique, récréatif, résidentiel, de services publics et privés…, sont revus sur des bases nouvelles. Les élus, appuyés par une équipe de professionnels et techniciens, élaborent et adoptent, à travers un processus consultatif, un Projet de territoire qui donne lieu à une Charte de Territoire. Celle-ci s’accompagne d’un Programme d’action qui conduira à la signature d’un Contrat de territoire qui engage financièrement les instances locales, départementales, régionales, nationales et européennes. Au cours de la dernière décennie, des préoccupations fortes en matière de développement durable ont été introduites à la démarche.

Au Québec, l’expérience des PNR français est connue et s’avère d’un riche enseignement. Plusieurs territoires ruraux de MRC (regroupement de municipalités pour fins d’aménagement et de développement intégré) s’en inspirent à travers des projets de territoires dont les municipalités participantes sont résolument déterminées à sortir du cercle de la dévitalisation. Dans ma chronique du 21 mars dernier intitulée « Refuser la fatalité de l’extinction », je notais les expériences en cours de La Contrée en montagne dans Bellechasse et du Haut Pays de Kamouraska. J’ajoute aujourd’hui le travail qui est amorcé dans le même sens à la MRC de La Matapédia, en vue de doter le territoire d’un Plan de développement durable de la collectivité (PDDC), fondé sur le concept de l’Écoterritoire habité et l’élaboration d’un nouveau modèle de développement rural. Voir :

http://www.mrcmatapedia.qc.ca/pddc.html

http://www.mrcmatapedia.qc.ca/images/Upload/Files/centredocumentations/planifications/Concept_adaptabilite_ecoterritoire_habite_version_adoptee_le_2013-02-13.pdf

Texte de conférence « Pour un nouveau modèle de ruralité »

La Loi pour assurer l’occupation et la vitalité des territoires et la Stratégie gouvernementale du même nom, adoptées en 2011 et 2012, ainsi que la troisième Politique nationale de la ruralité adoptée en décembre dernier et qui entrera en vigueur en avril, font toutes trois appel à l’approche territoriale globale, transversale et intersectorielle, concrétisée dans des projets de territoire qui pourraient donner lieu à des contrats de territoire.

Non, le déclin et la dévitalisation des milieux ruraux n’est pas une fatalité. Il faut savoir établir un diagnostic clair et non complaisant de la situation, mobiliser les forces progressistes de la collectivité dans un esprit de coopération et de solidarité, opter résolument pour le changement et s’engager dans une démarche concertée et de participation citoyenne pour définir la société locale que l’on souhaite se donner et les orientations et actions à prendre pour y parvenir. Lucidité, réalisme, courage politique, mobilisation, connaissances, innovation, expérimentation et constance dans l’action, animeront cette entreprise de projet de territoire.

En 2014, il n’est pas utopique de promouvoir avec enthousiasme l’avenir des communautés rurales partout au Québec, même dans les lieux les plus excentrés. Un progrès énorme a été réalisé depuis les États généraux du monde rural de 1991. La réalité rurale est aujourd’hui connue et assumée dans sa diversité et sa complexité, un cadre législatif approprié a été adopté (dont une analyse de l’OCDE a vanté les mérites), des structures d’accompagnement ont été crées, des outils et des financements spécifiques ont été accordés, des agents de développement sont à pied d’œuvre, une expertise solide en développement rural a vu le jour au croisement de la recherche, de la formation, de l’engagement bénévole et de l’expérience professionnelle de terrain. Partout, il y a une volonté d’engager les territoires ruraux en difficulté sur la voie de la renaissance pour un avenir radieux.

Le contexte macroéconomique et macro-social qui prévaut actuellement est de nature à favoriser cette renaissance du fait de l’attractivité reconquise des territoires ruraux qui impulse de nouvelles forces et de nouvelles valeurs à la dynamique de ces milieux.

Le mouvement de néoruralité constitué par ces entrepreneurs, ces travailleurs, ces familles qui font le choix de s’établir en milieu rural, est une de ces forces. Ex-citadins pour la plupart, ils portent le rêve et l’ambition d’une campagne vivante, arrimée à la modernité, tout en demeurant authentique dans ses caractéristiques fondamentales que des principes de vie collective et des règles d’aménagement et d’architecture devront toutefois protéger contre la banalisation d’un modèle urbain envahissant et prédateur.

Des hommes et des femmes, jeunes et moins jeunes, adeptes de nouvelles formes d’agriculture, télétravailleurs, novateurs dans des domaines traditionnels, petits commerçants et industriels, artistes et artisans, retraités actifs…, sont affairés, à poursuivre l’œuvre et le sens de la ruralité, sur d’autres bases, sous d’autres formes, mais dans le respect de ce qui la distingue profondément de la ville : petite taille et faible densité des peuplements, importance de la composante naturelle dans l’organisation et l’aménagement des lieux, esprit de solidarité et d’entraide, relations interpersonnelles fortes, possibilité d’avoir son potager, un boisé, des animaux domestiques, des activités de plein air gratuites…, l’espace et le grand air.

Ce qui ne soustrait pas ces nouveaux occupants de la campagne des soucis et contrariétés de la vie quotidienne, de ses joies et de ses peines, comme en témoignent plusieurs chroniques de ce blogue. Mais l’environnement rural choisi semble leur donner une humanité plus grande et de ce fait une résilience accrue. Les territoires ruraux sont des composantes imbriquées dans la grande mosaïque de l’occupation du territoire, ils n’évoluent pas de façon indépendante, mais complémentaires.