Je ne suis pas comme ce Benoît « ti-Jos-connaissant »de la publicité télévisée qui prétend connaître les 3 ou 4 fromages québécois mais je ne suis pas non plus un spécialiste. Je me définirais plutôt comme un gourmet gourmand qui aime tous les fromages jusqu’à m’en confesser : les durs, les mous; les forts, les doux;  les bleus, les blancs; les fleuris, les cendrés; les puants, les parfumés; amenez-en!

Nous sommes privilégiés  de pouvoir compter sur une grande variété de saveurs en provenance de différents terroirs québécois. Il faut surtout se rappeler que c’est le résultat du travail acharné de nombreux(ses) passionnés(es) qui ont investi temps et argent dans la création de produits uniques. Il aura fallu des tonnes d’acharnement et des hectolitres de persévérance pour atteindre le niveau désiré de qualité et de constance et je ne peux que me réjouir de tous ces succès dont  je me régale goulûment. On me dira que la gourmandise est un péché capital menant directement en enfer, j’aime plutôt croire que je rends ainsi hommage à tous ces grands artisans de chez nous et que leurs délices me font monter directement au ciel.

Un grand nombre de ces fromages se classent annuellement parmi les meilleurs au monde dans des concours internationaux mais au-delà de ces succès, vous aurez aussi compris que cette industrie participe grandement à la revitalisation de certains villages et régions, encourage  la créativité et développe l’entrepreneurship.

D’autre part, si vous êtes sensibles au coût des aliments vous aurez aussi remarqué que ces fromages sont chers et certains très chers alors qu’on en demande souvent plus de 40.00$ le kilo. Dans une province où les volumes de lait récoltés sont souvent supérieurs aux quotas accordés, où le coût de l’énergie est parmi les plus bas au monde et où les réseaux de distribution sont bien établis, comment se fait-il que nos fromages soient si chers?  Autre observation : chez un même détaillant, je peux me procurer une meule de 250gr d’Oka¹ pour 6,99$ et une meule de 300gr de Port Salut¹ (importé de France) pour seulement 5,99$. D’autre part, cette même meule d’Oka, je la retrouve chez d’autres détaillants à 8.99$. D’où vient cette grande disparité dans les prix?

De plus, vous avez sans aucun doute entendu parler de l’accord Canada-Communauté Européenne signé  il y a quelques mois. Généralement bien acceptée, cette entente éliminera des barrières  tarifaires sur de multiples produits de consommation et permettra l’ouverture réciproque de ces deux immenses marchés.

Cependant, cette entente ne fait pas que des heureux. En fait, nos valeureux maîtres fromagers sont en colère puisque les nouvelles règles permettront d’ici peu l’envahissement de nos marchés par des milliers de tonnes de fromages fins européens à des prix qu’il nous sera impossible de concurrencer. Il s’avère que la France subventionne massivement son industrie fromagère, ce qui n’est pas le cas ici. Y aurait-il là concurrence déloyale? Le gouvernement fédéral a promis des mécanismes de compensation mais le dossier est au point mort.

Il faut s’attendre à ce que les principaux intéressés défendent vaillamment leur fragile industrie mais c’est à nous aussi, consommateurs, de leur venir en aide. Quand on entend dire que nos choix de consommation sont des gestes politiques, en voici un bon exemple.  Le vrai fromage² est un produit de luxe qui, malgré certains détracteurs, peut parfaitement faire partie d’un régime alimentaire équilibré. Si la modération a bien meilleur goût, elle se fait aussi à meilleur coût. Continuons donc de nous régaler « intelligemment » des fins produits de chez nous.

1)       Pour illustrer mon propos, j’ai choisi ces deux fromages puisqu’ils sont de même type (lait de vache à croûte lavée) et que leurs goûts et arômes s’apparentent grandement.

2)       Par opposition aux produits industriels à base de sous-produits du lait comme : les tranches plastifiées, les blocs aux appellations connues (Mozzarella, Monterey Jack, Gouda ou Suisse) mais qui ont peu en commun avec le produit d’origine, les fromages à tartiner en pot ou en tube etc.