Confidences rurbaines

Je vous racontais, dans une chronique précédente,  notre décision de quitter Montréal pour aller vivre à la campagne et, vous le savez comme moi, quelle que soit cette décision, il y a toujours des pour et des contre. En toute logique, le total des uns devrait l’emporter sur le total des autres.

Dans notre cas, je ne suis pas certain que la logique s’était montrée le bout du nez cette journée-là, tellement excités que nous étions d’avoir enfin notre propre maison. Cependant, très tôt nous découvrions l’ampleur des sacrifices que nous devions faire et les inconvénients à subir, principalement  dus au voyagement lié au travail, les coûts associés et les longues heures d’attente, matin et soir, dans les bouchons de circulation. Je ne nie pas que c’était lourd, surtout au début, mais c’était sans compter les nombreux « avantages marginaux » qui s’offraient à nous, en filigrane, et qui, avec le temps, nous permettaient de moduler de façon importante ce fardeau. En voici donc quelques-uns :

1- La tranquillité : Je ne crois pas avoir à vous en faire la démonstration, mais en citadins que nous étions, il a quand même fallu quelque temps pour en réaliser l’ampleur et ses bienfaits : Dormir paisiblement, absence de trafic, voisins discrets et respectueux, enfants en sécurité.

2- Le fond de l’air : Voilà une jolie expression qui décrit beaucoup plus une sensation qu’une mesure scientifique.  Lorsque nous revenions du travail en été, toutes fenêtres baissées, nous ressentions une douce fraîcheur dès que nous dépassions le pont Charles-de-Gaule en direction de la maison. Cette fraîche sensation,  souvent soutenue par une légère et agréable brise, nous accompagnait dès lors; j’avais l’impression de laisser derrière moi une lourde charge. Il en était de même l’hiver où il semblait faire plus froid et où les accumulations de neige fondaient plus tardivement  mais n’était-ce pas mieux que la « sloche » de la ville, les perpétuelles rues embourbées et la neige sale et grise?

3- Les parfums : La campagne au printemps c’est magique. Tout ce qui semblait sec et mort ressuscite; la moindre brindille reverdit, chaque espèce végétale exprime une douce fragrance qui, mêlée à ses voisines, produit une symphonie de parfums qui embaume tout l’espace et produit chez l’humain une irrésistible sensation de bonheur. Oui ! de bonheur. Et que dire du pommier en fleurs, du lilas, des petites clochettes de muguet… sentez-vous ce que je veux dire?

Notre voisin arrière était un immense champ de céréales qui en été, en plus de nous offrir le spectacle d’une chatoyante mer végétale, embaumait notre quotidien  d’un subtil parfum.  À l’automne, lors des moissons, c’était alors une intense mais agréable déferlante olfactive.  En toute honnêteté, je ne peux passer sous silence les 6 jours (3 au printemps et 3 à l’automne) d’épandage de lisier qui nous rappelle de manière non équivoque que nous sommes en milieu agricole. Et c’est bien ainsi. Merci mon Dieu, l’agriculture virtuelle n’existe pas.

4- Le jardinage : Ma belle gaspésienne a le pouce vert et elle est fana de tout ce qui est horticulture.  Ainsi en un rien de temps et sans grand moyen a-t-elle tôt fait de transformer  notre terrain en un véritable jardin botanique et  en un généreux potager, tous deux dédiés respectivement aux plaisirs des yeux, du nez et éventuellement de la bouche.

Et pour conclure… : Je m’arrête ici bien qu’il y ait mille autres raisons, pas toutes logiques, qui  ont avec le temps pleinement justifié notre décision de quitter la ville. 33 ans plus tard nous y sommes toujours. Tout cela pourra vous sembler bien anodin et difficilement mesurable mais qu’en est-il du sentiment de bien-être, de liberté et de bonheur qui continue de nous habiter? Certains blogueurs néoruraux ont récemment exprimé  leurs propres difficultés face à leur nouvelle vie champêtre et les questionnements qui inévitablement en résultent. Je ne peux parler à votre place mais je sais que le temps vous donnera raison.