Un événement anodin est survenu récemment dans notre village. Le genre de chose qui passe normalement inaperçu et dont souvent la majorité des gens ne se rend même pas compte. Pas cette fois-ci¹, et je vous rappelle que nous sommes en 2014.

Il s’avère que le propriétaire du dépanneur a vendu son commerce à un couple d’origine asiatique. Et puis quoi me direz-vous? Rien. Enfin il ne devrait rien y avoir de plus à dire. C’était sans compter l’immuable peur viscérale de l’étranger chez certain(e) s, doublée de l’extraordinaire porte-voix que sont les réseaux sociaux.

Avant que la nouvelle ait même pu faire le tour du village de sombres ténors étaient déjà à l’œuvre à pitonner leurs préjugés et leur intolérance. Je ne tiens pas à reproduire ici la teneur des propos évoqués mais je pense qu’il est facile de vous faire une image chronique et quel que soit le sujet abordé jusqu’à maintenant, elles avaient toutes comme toile de fond l’expression de ma satisfaction de vivre dans un milieu rural. Comme rien n’est parfait, je me dois aussi d’admettre qu’être différent ou essayer de vivre différemment dans un environnement homogène et standardisé n’est pas une tâche facile.

Ce fait divers me permet cependant de réaffirmer ma foi en la néoruralité. La venue de gens d’origine étrangère, de milieux divers et de parcours différents ne peut qu’être bénéfique à l’ensemble d’une communauté dans la mesure où chacun désire participer à l’épanouissement de l’ensemble. Ceci peut justement vouloir dire, s’informer, s’ouvrir, accueillir, partager, et parfois même se taire.

Il serait surprenant que cela aille plus loin et je n’ai aucun doute que d’autres membres de notre communauté sauront dissiper rapidement ce relent de xénophobie en continuant de fréquenter notre dépanneur et en encourageant les nouveaux propriétaires et nouveaux concitoyens à participer à la vie de notre communauté.

Veuillez m’excuser, je dois vous laisser, ma Belle Gaspésienne fait un gâteau et il lui manque des œufs…

¹Notre journal local en a même fait un papier dans son édition du 11 mars.