La Chronique du Prof

Par Bernard Vachon, Ph. D.

Y a-t-il quelque chose de plus charmeur, de plus attendrissant que les manifestations d’innocence de nos enfants et petits-enfants ?

Comme ils nous font craquer lorsqu’ils parlent à leur « minou », qu’elles reçoivent leurs poupées à un thé ou qu’elles grondent le chien pour avoir apeuré les poules; et lorsque Jacquot patauge dans la marre à grenouille et Cédric qui s’exclame à la vue du « troupeau de taxis » à la descente du train. Et tout ce qu’ils peuvent raconter lors de nos promenades en forêt alors que leur monde imaginaire prend des libertés insoupçonnables.

Quelle émotion de voir dans leurs yeux briller l’étincelle de l’émerveillement lorsque nous courrons dans les champs fleuris, marchons dans les sous-bois mystérieux, nageons sur l’onde limpide du lac; lorsqu’ils donnent laitues, fines herbes et pissenlits aux lapins; qu’ils prennent, délicatement, les œufs dans les nids des poules caquetantes. Et la fierté d’être au sommet des charges de foin, et plus tard, à 12 ou 13 ans, de conduire le tracteur et de passer le râteau à foin pour faire les andins.

Puis les années passent. Je suis grand-papa depuis 18 ans et mes cinq petits-enfants me procurent les mêmes joies par leurs mots et leurs gestes, leurs câlins et leurs éclats de rire, leurs questions et leurs remarques, lors de leur visite à la ferme. Au fil des ans ils ont côtoyé et nourri les brebis et les agneaux, les chèvres Biquette et Coquette, la vache Bossie et son veau, la jument Chloée et Duc son rejeton.

Cette petite vidéo  exprime bien le charme de l’innocence enfantine

[thb_video url= »http://www.youtube.com/watch?v=SAXLBvKalQk »]

Dans un magnifique petit livre intitulé J’ai choisi la terre, l’agriculteur-écrivain Claude Michelet[1] raconte avec passion son choix du métier d’agriculteur et les joies qu’il en a tirées avec sa famille. Ces lignes sont particulièrement évocatrices du caractère pédagogique d’une enfance à la campagne :

« Je ne pense pas que nos enfants nous reprochent jamais, à ma femme et à moi, de les avoir frustrés du jardin d’enfants. Nous croyons qu’il est beaucoup plus sain et instructif pour eux de passer les six premières années de leur vie en contact permanent avec nous, la ferme, la nature.

Tous me suivent dès qu’ils savent marcher. À tous je fais admirer, en automne les vols de palombes ou de grues cendrées, au printemps les nids de merles ou la naissance d’un veau, en été la splendeur d’une nuit, en hiver la beauté du givre. Avec moi ils s’initient au jardinage, avec ma femme à la cuisine mais aussi à la lecture et au calcul. Ils « m’aident » à nettoyer les étables et à poser les clôtures. Ils observent tout. »

La campagne est une école aux ressources inépuisables. C’est aussi cela la qualité de vie.



[1] MICHELET, Claude; J’ai choisi la terre, Presses Pocket, 1975, 228 p.