Par Josée Madéia

Ça y est.

Les papiers sont signés et envoyés, les parcelles sont arpentées, et les voisins ont été rencontrés.

Au printemps, avec mon cher copain et mon jeune fils, je me prépare à m’installer sur une ferme à Saint-André. Plusieurs étapes ont été franchies (chacune plus désespérante que les précédentes), l’heure est donc à préparer cette transition.

Y’a bien sûr les cours de conduite, le nom de ferme à trouver, les groupes de jeux pour enfant à découvrir, et les grosses commandes à placer : d’engrais, de troupeau, de clôtures… Par contre, ce sont avant tout les enjeux d’ordres identitaires qui me préoccupent.

Ça fait déjà un bon bout de temps que j’arrive à imaginer ma vie en milieu agricole, que j’me fais à l’idée d’un très différent train-train quotidien et que je suis en mode remue-méninges pour trouver une façon heureuse et moderne de me retrouver dans un milieu rural, moi, Ms. Urbaine. Par contre, l’idée de déménager au Québec, en tant que Franco-Ontarienne qui élève un enfant multilingue avec un papa allophone : pas évident! Nos identités étant façonnées par le fait d’avoir toujours été fièrement minoritaires, je conçois difficilement une existence franco-majoritaire pour mes enfants.

Est-ce qu’ils vont toujours être « différents »? Vont-ils s’identifier franco-ontarien.ne.s ou néerlandais.es, s’ils vivent (leur enfance) au Québec? Ou seront-ils minoritaires bien à leur façon étant donné ce métissage culturo-linguistique chez nous?

De plus, en voyant des photos d’enfants d’ami.e.s qui habitent sur une ferme, la symbiose de ces enfants avec leur milieu est apparente, criante même. L’aise avec laquelle ils jouent avec les animaux de ferme, cueillent les œufs du poulailler, s’amusent dans les jardins, dans les ruisseaux, c’est quelque chose qui ne s’apprend pas du jour au lendemain. De fait, certains diront que ça ne s’apprend pas, que c’est un instinct, une façon d’être. Mon beau-père agriculteur vous le dira : travailler avec des gens qui ne viennent pas de milieu agricole c’est autre chose. Ils ne ressentent pas les dangers quand ils travaillent avec le bétail et ils ne possèdent pas le même savoir-faire patenteux. Ce n’est pas un instinct qui s’apprend.

Je m’embarque donc dans cette aventure sachant que je serai la seule chez nous qui aura à bosser pour acquérir ce savoir-faire, cette aise. Sachant aussi que mes repères identitaires risques d’être pas mal uniques.

Cela dit : j’embarque.

Et j’ai hâte de voir ce à quoi va ressembler cette vie agrico-rurale.