Aujourd’hui, ma mère m’a dit : « La vingtaine, ça sert à vouloir changer le monde. La trentaine elle, sert à continuer à avancer même si on te donne des claques dans face à tout bout’ d’champ! »

Criant de vérité, vous ne trouvez pas? Ma mère sourit quand elle me voit m’indigner, car elle est fière que je prenne la relève. Je crois même qu’elle est rassurée de voir mon caractère entêté. Elle a peur que je trébuche, que le coup me fasse un bleu, mais pour rien au monde elle ne voudrait me voir reculer. Elle m’a enseigné que je pouvais aller où je voulais, si c’est bien ce que je désirais.

Il y a plus de 50 ans, le mouvement hippie a fait évoluer l’ensemble de la société par l’influence majeure par rapport à l’ouverture sur le monde, la liberté d’expression et ce besoin d’émancipation. Puisqu’on dit que les modes reviennent toujours, certaines de ces valeurs sont tout à fait d’actualité chez les gens de mon âge. On décide de revenir en région pour avoir un contact satisfaisant avec la nature, on travaille à harmoniser nos relations avec les autres, on tend à dissoudre les conventions qui briment notre liberté, on refuse le moule.

J’ose donc espérer que nous serons capables d’avoir une influence positive à long terme, que les « claques dans face » ne nous empêcherons jamais d’avancer. En risquant de tomber dans le cliché, voici les rêves d’une néorurale, encore à l’étape naïve de vouloir changer le monde :

–          Que le droit de parole vienne avec le respect de l’intégrité de la personne à qui l’on s’adresse

–          Que les enfants aient droit à l’échec, parce que l’essai/erreur est une méthode d’apprentissage qui a fait ses preuves.

–          Que les femmes puissent s’exprimer parce qu’une petite fille qui n’a pas le droit de parole et qui a peur, ça finit par crier et passer pour une hystérique qui manque de contrôle.

–          Que d’emblée, on réussisse à se fier à la bonne volonté des gens, que l’on cesse de se méfier des mauvaises intentions.

–          Que l’on accepte que les hommes aient des émotions, qu’on les écoute, pour que la violence conjugale, les drames familiaux et l’intimidation soient de plus en plus rares.

–          Que le succès soit accepté et valorisé, parce que la honte de réussir est un sentiment trop commun.

–          Que chaque personne fasse un effort de tolérance, parce que c’est notre plus grand problème présentement.

–          Que l’on renoue avec le concept que l’amour et l’amitié rime avec respect et loyauté.

 

J’espère que mon fils profitera d’une infime partie de l’héritage que nous tentons de construire collectivement, que ce ne soit pas seulement de nos erreurs que se souviendront les générations futures.

« Les générations sont solidaires à travers le temps et à travers les sottises. » – Jacques Bainville