La Chronique du Prof

Par Bernard Vachon, Ph.D.

Dans ma dernière chronique je vous ai parlé des recherches sur la néoruralité et ses néoruraux que réalise le Groupe de recherche sur la migration ville/campagne et les néoruraux sous la direction de Myriam Simard, à l’INRS-Urbanisation, société et culture.

Plus récemment, d’autres chercheurs se sont intéressés au phénomène de la néoruralité, aux néoruraux et à leurs impacts économiques, sociaux, environnementaux et politiques sur leurs communautés. Citons ici Mélanie Doyon, et Juan-Luis Klein, du département de géographie de l’UQAM. Ils ont récemment signé un article, coécrit avec la collaboration de Christopher Bryant (Université de Montréal), Chakda Yorn, et Lucie Veillette[1] titré « La néoruralité au Québec : facteur présentiel d’enrichissement collectif ou source d’embourgeoisement ? »[2]. La municipalité de Saint-Mathieu-de-Rioux a été retenue comme terrain d’analyse et cas illustratif. Voir l’article intégral

Précisons que le cas de Saint-Mathieu-de-Rioux avait été étudié dans le cadre d’un projet de recherche sur la néoruralité mené par Solidarité rurale du Québec, analysant les cas de trois municipalités rurales sous influence de la néoruralité[3], et que les constats et conclusions tirés de cette recherche avaient donné lieu à une communication présentée à un colloque scientifique tenu à Rimouski en 2008[4].

Par ailleurs, Lucie Veillette, alors agente de recherche à Solidarité rurale du Québec, a soutenu un Mémoire de maîtrise au département de géographie de l’UQAM, sous la direction de Juan-Luis Klein, sur le thème de la néoruralité au Québec prenant pour cas d’analyse les trois même municipalités rurales[5].

Une chercheure de Villes, Régions, Monde, le Réseau interuniversitaire d’études urbaines et spatiales, Madame Annie-Claude Labrecque, a publié en 2009 un dossier intéressant sur le sens et la portée de la néoruralité, ainsi qu’un portrait de l’état de la recherche en ce domaine au Québec, en France, au Royaume-Uni et aux États-Unis complété par une bibliographie passablement exhaustive sur le sujet.[6]

Dans l’article cité plus haut, « La néoruralité au Québec : facteur présentiel d’enrichissement collectif ou source d’embourgeoisement ? » qui traite spécifiquement de la néoruralité à Saint-Mathieu-de-Rioux, les auteurs concluent à une « tendance à l’embourgeoisement ». Or, dans les rapports de recherche, communication et mémoire de maîtrise abordant ce thème et analysant le cas de la municipalité de Saint-Mathieu, réalisés antérieurement par les mêmes auteurs, jamais il n’est fait mention d’une tendance à l’embourgeoisement. Le mémoire de maîtrise de Lucie Veillette qui, soit dit en passant aborde son sujet d’étude avec doigté et intelligence, traite chaque dimension de la néoruralité à Saint-Mathieu avec nuance et évite le piège d’un jugement précipité. Comment les auteurs de l’article publié récemment dans la revue française arrivent-ils à la conclusion que l’évolution de la communauté de Saint-Mathieu est caractérisée par « une tendance à l’embourgeoisement » du fait de l’impact économique et social des néoruraux? Y a-t-il des faits nouveaux, collectés et analysés depuis leurs derniers travaux, qui viendraient confirmer cette « tendance » ?

À la lecture attentive de l’article, il s’avère que non. Il faut en déduire qu’il s’agit d’un raccourci malheureux qui soulève quelque doute sur un texte qui s’affiche comme scientifique. Mais voici plus en détail mes commentaires sur cet article.



[1] Chakda Yorn et Lucie Veillette ont été un certain temps respectivement chargé de projet et agente de recherche à Solidarité rurale du Québec (SRQ). Monsieur Yorn est actuellement directeur scientifique au Centre des innovations sociales en agriculture (CISA) à Victoriaville, alors que Madame Veillette œuvre à la Coopérative Niska à Sherbrooke.

[2] Publié dans la revue française Géographie, Économie, Société, 15 (2013) pp.117-137.

[3] Chakda Yorn (alors à SRQ), Lucie Veillette (aussi à SRQ), Christopher Bryant (UdeM), Juan-Luis Klein (UQAM), Mélanie Doyon (UQAM) Étude de cas sur la néoruralité et les transformations des collectivités rurales (Val-David, Saint-Alexis-des-Monts, Saint-Mathieu-de-Rioux), Solidarité rurale du Québec, juin 2008, 66 p. http://www.ruralite.qc.ca/fichiers/dossiers/Rapport_neoruralite_0.pdf

[4] Veillette L., Yorn C., Klein J.-L., Bryant C. et Doyon M., 2008, « Les néoruraux dans le développement des collectivités : étude de trois cas québécois », Actes de colloques de l’Association des sciences régionales de langue française, 14 p.

[5] Veillette L., 2011, Néoruralité et dynamisation présentielle des territoires ruraux : trois études de cas au Québec, Mémoire de maîtrise, Département de géographie, Université du Québec à Montréal, 170 p. Voir : http://www.archipel.uqam.ca/3910/1/M12007.pdf

[6] Labrecque, Annie-Claude (2009), La néoruralité : un champ d’étude en émergence http://www.vrm.ca/Cap_neoruraux.asp?ID=1190