Comme vous le savez peut-être, dans quelques jours, les cégépiens reprendront les cours pour la session d’hiver. Les étudiants universitaires, quant à eux, sont repartis depuis une semaine ou deux. Bref, d’ici dimanche, tout ce beau monde aura déserté sa région natale. Ainsi va la vie.

Pour ceux qui habitent et étudient dans les grands centres, ce n’est rien de bien spécial. Mais pour ceux qui habitent en région et étudient à l’extérieur, c’est une tout autre histoire. Car malgré les 15 pénibles semaines de cours qui s’annoncent, l’aussi infernale qu’inévitable mi-session et le rush coup-de-grâce de fin de session, il n’y a qu’une chose qui fasse viscéralement frémir de dégoût l’étudiant rural : le voyage en autobus maison parentale – résidences du cégep.

Dans mon cas, ça signifiait tout un périple. Trois fois par année (à la fin de l’été, après Noël et après la relâche), je devais me taper huit heures d’autobus pour retourner étudier. Et ça se déroulait toujours exactement de la même façon. À 11 heures du soir, mes parents viennent me porter à Louvicourt parce que, pouvez-vous croire à ça, Senneterre n’est pas sur le trajet direct vers Montréal. On se fait nos adieux et je me dirige vers le chauffeur. Première péripétie : en tant qu’étudiant, je voyage toujours avec deux bagages, mais le chauffeur m’indique que je dois en laisser un dans la soute, sous l’autobus. Dilemme. J’ai un sac contenant mes vêtements et quelques effets personnels comme ma brosse à dents, mes lunettes et mon liquide à verres de contact, et j’ai un sac contenant toute ma vie de l’époque : mon X-Box et NHL 2007. Après mûre réflexion, pas question de laisser mes bébés geler dans la soute : je les monte avec moi à l’intérieur.

Deuxième péripétie : se trouver une place à bord. Si vous êtes de l’Abitibi, vous savez que l’autobus dans lequel je viens de monter est parti de Rouyn, environ deux heures plus tôt. Avant d’arriver à Louvicourt, il a embarqué des gens de Rouyn, Cadillac, Malartic et Val-d’Or, peut-être même en ramassant au passage des gens de La Sarre et Amos. Bref, je me tiens debout à l’avant et je me demande bien où je vais pouvoir m’asseoir. Une chose est sûre : je n’aurai pas de banc à moi tout seul.

Ils font tous semblant de dormir, les écoeurants. Après deux ou trois aller-retour entre les sièges, je suis forcé de déranger un passager pas assez hypocrite pour être épargné. Il tasse ton sac avec un grand soupir et je m’installe. On part. Après quelques minutes de route seulement, je commence déjà à avoir les jambes engourdies. Rapidement, ça me monte jusque dans le milieu du dos. Disons que, si tu mesures plus de six pieds, les autobus n’ont pas vraiment été conçus pour toi. J’ai les deux genoux dans l’front et je livre un combat féroce mais silencieux à mon voisin pour le contrôle de l’accoudoir du milieu.

Environ trois heures plus tard, le chauffeur nous annonce que nous arrêterons à Mont-Laurier 45 minutes pour manger. Z’aimeriez pas mieux arriver 45 minutes plus tôt à l’autre bout? Ok d’abord, on va y aller pour deux hot-dogs pis une orangeade. Me semble qu’on aurait pu arrêter cinq minutes au dépanneur, se ramasser une Mr. Big pis une liqueur, pis tougher jusqu’à destination, non? Mon voisin de siège, lui, a profité de notre escale pour fumer huit paquets de cigarettes. De retour dans nos sièges d’autobus, je suis convaincu que sa simple odeur va me donner un cancer du poumon.

[…]

Après avoir viraillé une éternité dans Montréal, je change finalement d’autobus pour continuer vers Trois-Rivières. Le calvaire est terminé. Mon nouvel autobus est presque vide. Dans moins de deux heures, je serai dans mon appartement. En train de jouer à NHL.

Quatre mois plus tard, je devrai faire le même trajet en sens inverse. Je n’aurai pas plus mon siège à moi tout seul. Je serai sans doute assis à côté d’un fumeur, d’un ronfleur ou d’un gigoteur. Je perdrai assurément 45 minutes de ma vie à Mont-Laurier à manger d’la junk. Néanmoins, le voyage de retour vers ma région natale est complètement différent de celui qui m’en éloigne. À chaque fois, je suis comme habité d’une frénésie. Tout le long du Parc la Vérendrye, je me surprends, sur le bout de mon siège, à espérer quelque chose. La lumière au bout du tunnel. Quand les lampadaires de Louvicourt apparaissent finalement au loin, je sais que je suis enfin de retour chez moi.

Bon courage, les étudiants. Vous ramènerez l’été avec vous-autres.