La chronique du Prof

Par Bernard Vachon, Ph.D.

Natif de Montréal, j’ai vécu mon enfance dans le quartier Rosemont. Mais mon père était originaire de la petite municipalité rurale de Saint-Casimir dans le comté de Portneuf et chaque année il se faisait un devoir de rendre visite à ses parents durant la période des Fêtes.

Le voyage se faisait en train. À cause des conditions difficiles de ce déplacement, et des coûts sans doute, papa amenait un ou deux enfants avec lui, le reste de la famille demeurant à Montréal. J’étais toujours partant. Nous prenions le train à la gare Jean-Talon dans le nord de Montréal.

Durant tout le trajet, nous entendions souffler la locomotive à vapeur. Une fumée noire venait s’agglutiner aux flocons de neige collés aux vitres des wagons. Régulièrement, nous nous arrêtions pour prendre des voyageurs, mais aussi pour faire le plein d’eau pour produire la « steam ».

La vaste plaine du Saint-Laurent sur la rive gauche du fleuve, ponctuée d’une succession de villages et de petites villes, s’étendait à perte de vue de chaque côté du train. C’est durant ces voyages qu’inconsciemment je prenais la mesure de l’espace rural d’une partie du Québec.

Arrivés à la gare des Grondines, nous prenions le « snowmobile » qui nous conduisait à travers les champs enneigés jusqu’à la maison de mes grands-parents sise le long de la rivière Sainte-Anne à quelques kilomètres en aval du village. Quel périple fantastique : nous étions six, huit ou dix dans ce drôle d’habitacle surchauffé, percé de petits hublots, à tanguer sur les dunes de neige, empruntant une route invisible que nous ne pouvions pas retracer les beaux jours revenus, lors de nos escapades aventureuses à travers champs et forêt.

Tout autour c’était la grande blancheur, le temps s’était arrêté. Dans la grande maison familiale, régnait aussi le calme, la sérénité : grand-père fumait sa pipe, un ragoût mijotait sur le poêle à bois, tante Juliette, des oncles et tantes réunis pour l’occasion échangeaient des nouvelles dans une excitation contenue que j’étais heureux de retrouver. Demain ce serait la fête. L’hiver à la campagne me charmait… et me charme toujours.