La Chronique du prof

Par Bernard Vachon, Ph.D.

La présence d’ex-citadins en milieu rural, qui contribuent à stabiliser, voire à faire croître la population de plusieurs territoires ruraux, n’est pas une réalité nouvelle au Québec. Mais ce mouvement a pris davantage d’ampleur depuis le milieu des années 70.

Parce qu’il s’inscrit dans une tendance lourde de la société et qu’il participe au renouveau de la ruralité, ce mouvement devient un sujet d’intérêt pour les média, pour les chercheurs mais aussi pour les décideurs politiques et les professionnels de l’aménagement du territoire. Les néoruraux transforment l’activité économique et sociale des communautés rurales en introduisant de nouvelles pratiques, de nouveaux comportements et de nouvelles valeurs.

Il y a 11 ans, pratiquement jour pour jour, Radio-Canada, présentait un reportage sur le thème des néoruraux. Le sujet est loin d’être épuisé et la connaissance de ce phénomène et de sa contribution à la ruralité contemporaine se poursuit. Le blogue Néorurale.ca participe à ce processus de compréhension par des réflexions, des témoignages et des récits de portions de vie de néoruraux.

Hier soir, nous avons partagé notre table avec de « vieux » amis arrivés comme nous à la fin des années 70 dans la petite municipalité rurale de St-Mathieu-de-Rioux, sise dans le haut-pays de Trois-Pistoles. La communauté était alors au plus creux de sa déstructuration marquée par l’abandon des fermes, l’exode des jeunes familles, la fermeture des commerces et la présence d’un climat de profonde morosité. Au cours des 35 années qui ont suivi, on a assisté à un renversement radical de la situation. Il ne reste plus que quatre fermes en activité mais un nouveau dynamisme s’est progressivement développé auquel les nouveaux arrivants ont largement contribué.

Le contact des nouveaux et des anciens a parfois créé des « flammèches », l’ordre établi a été bousculé et confronté à de nouvelles façons d’occuper le territoire et de faire, mais des consensus ont pu s’établir et ensemble nous avons édifié, sur ce parcours de 35 ans, un milieu de vie dont chacun apprécie aujourd’hui les qualités.

La ruralité d’aujourd’hui et de demain ne sera jamais plus celle des années 40 et 50. Elle est inscrite dans la modernité et se fait terre d’accueil pour de nouveaux résidents, de nouvelles activités et de nouvelles valeurs. Elle évolue à travers des liens d’interdépendance et de complémentarité avec la ville. Dans ce contexte, le grand défi qui se pose à la ruralité est de sauvegarder son identité contre les agressions et les débordements de la ville.

Le monde rural n’est pas en attente d’urbanisation. La modernité n’est pas synonyme d’urbanisation et l’adhésion du monde rural à la modernité ne doit pas se traduire par son urbanisation.

Il faut prendre toute la mesure de la ruralité dans son sens contemporain et sa dynamique évolutive actuelle, et se donner les moyens pour en préserver son identité propre et ses caractéristiques fondamentales à la base de son attractivité.

C’est là le grand objectif de la 3e Politique nationale de la ruralité (PNR 3) dévoilée le 5 décembre dernier.

En voici une brève présentation et analyse. Bonne lecture!