Un samedi matin dans le vieux Beloeil. J’y suis maintenant, officiellement, depuis une semaine. Le soleil entre par la fenêtre et je devine, derrière le grand arbre, la silhouette du mont St-Hilaire. Je sirote mon café latté en me demandant ce que j’ai à vous raconter. Mes yeux se perdent dans le vague avant de descendre et se poser sur les cordes de bois disposées en contre-bas. Et puis, affluent les souvenirs. Les souvenirs de samedi passé, journée de la corvée de bois ici même, chez mon voisin (fait cocasse, pour moi, de vivre une corvée de bois si près de la gran’ ville!), qui m’ont ramenés à d’autres souvenirs, eux, de corvées de bois gaspésienne.

Ma maison en Gaspésie est louée. Quand j’y suis passée la semaine dernière, le locataire n’avait toujours pas commandé son bois… oh! oh! C’est toujours comme ça, on se fait prendre la première année où on a un poêle à bois à gérer.

Ma collègue de travail me disait la même chose il y a un mois : « C’est la première fois que mon chum gère le bois, il s’y est pris un peu tard! ». S’y prendre tard, ça veut dire:

  1. Appeler le voisin pour savoir où il prend son bois;
  2. Appeler le fournisseur de bois du voisin pour se faire dire qu’il n’en a plus de disponible;
  3. Demander au fournisseur de bois qui pourrait en avoir;
  4. Se faire référer un autre fournisseur;
  5. Appeler l’autre fournisseur;
  6. Se faire dire la même chose que par le premier;
  7. Répéter les étapes.

En Gaspésie, avec la forêt qui couvre environ 90 % du territoire (bémol : incluant les zones de coupe), on peut qu’en même être rassuré : on aura toujours accès à du bois. Mais le bois sera-t-il sec? Aura-t-on de l’érable pour les mois les plus froids? Parce que pour produire du chauffage de qualité, non seulement on espère avoir une essence de bois qui dégage une certaine chaleur (la croûte de résineux, c’est bien, mais c’est uniquement bon pour l’automne ou le printemps), mais aussi du bois sec qui fera autre chose que bouillir! Quelle déception, non, du bois qui bout? Ça enlève son charme à toute la patente. Ça élimine l’image de vous, étalé sur une peau de mouton, en gros bas, à siroter un verre de vin en bonne compagnie. Quand ça bout, bref, c’est décevant!

Tard ou pas tard, vient le moment de la corvée de bois. J’aime être dans la remorque et lancer les bûches sur le sol. Debout sur le tas de bûches, j’ai un petit sentiment primaire de fille de bois, autonome, manuelle pis toute (ce que je ne suis pas, vous le comprendrez sans doute!). Quand arrive le temps de fendre, c’est généralement l’étape où les hommes sont contents de jouer avec les machines, donc je leur laisse le plaisir (oui, oui, il y a encore de ces clichés qu’il ne me dérange pas de laisser aller). La phase suivante pour moi veut donc dire de corder… À ce moment-là, laissez-moi vous dire que je me sens comme en hiver quand vient le temps de pelleter : grognonne (j’haïs ça!!). En plus, je ne suis même pas bonne!

J’ai beau être perfectionniste, mes cordes de bois finissent toujours par avoir un penchant vers l’avant ou l’arrière. Il y a deux ans, ça m’a même valu un double effondrement!

Ce qui est bien avec la corvée de bois, surtout quand on s’y est pris trop tard, c’est l’aspect social de la chose : une gang de gens généralement souriants, les joues rougies par le froid, qui respirent l’air empreint d’un parfum forestier bien prononcé! Une fois la tâche accomplie, malgré les courbatures et les doigts glacés, tous sont heureux de retrouver le breuvage chaud qui les attend. Et quand ce breuvage est du vin chaud, c’est le top!

Cette année, j’habite au deuxième étage, dans un loft. Je n’ai pas de poêle à bois dans mon salon. Et, déjà, en ce début décembre, je peux vous dire franchement que ça me manque! Je ne me souvenais pas à quel point le chauffage électrique ne fait pas la job quand vient le temps de réchauffer le corps… et l’esprit!!