« Ben là, c’est pas grave ma chérie, je le connais, c’est mon cousin », me répliquait mon chum un samedi matin alors que mon humeur devenait médium saignante à la vue de trois voitures inconnues stationnées dans notre entrée.

Les conducteurs jasaient entre eux, voyez-vous. De chasse, j’imagine, ils sont habillés en orange fluo. Ils se sont croisés dans le rang et pour éviter de boucher la circulation (la quoi?), ils ont décidé de rentrer dans ma cour pour le faire. Deux pickups et une voiture contenant au moins trois gars qui rient, crient et parlent fort. Et ils empêchent ma voiture de sortir de ma cour. Et ils me dérangent dans mon samedi matin de coocooning familial .

Mais c’est normal, selon mon chum.C’est son cousin, tsé.

Et dire que moi, naïvement, je pensais que l’avantage de vivre dans un rang en campagne était d’avoir des voisins très loin et de profiter de la paix. Je n’avais jamais lu la clause : « les cousins peuvent venir jaser dans ta cour n’importe quand, c’est un droit acquis ».

Sérieusement, on achète un terrain et une maison dans le but d’avoir son espace personnel à soi, non? En appartement, on a une intimité proportionnelle à la sonorisation des murs. Avec une maison en campagne, l’intimité est donc relative à… quoi? À la propension de l’entourage à vous laisser en paix? À la proximité familiale? À la grandeur et la qualité de l’asphalte de ta cour?

Je suis estomaquée de voir que des gens se sentent à l’aise d’être sur le terrain des autres selon leur envie. Moi, je fais des détours pour m’assurer de ne jamais mettre un bout d’orteil sur la pelouse des autres, même à Halloween! J’inculque à ma fille le respect des limites, territoriales ou non. J’savais pas que les cousins étaient à l’abri de ces règles-là… Pourquoi personne ne m’a informée avant que je signe le prêt hypothécaire, hein?

J’ai compris toute l’importance et la gravité du sujet en voyant l’expression faciale de mon chum qui disait clairement, ce samedi matin là : « Tu capotes pour rien. Va pas leur dire de partir, tu vas me gêner ». Snif!

Mais je suis maline. Je suis sortie dehors, les clés à la main, pour leur montrer que leur présence me dérangeait. C’était le compromis pour mon chum, du non verbal avec une excuse parfaite : je-dois-sortir-désolée-je-l’sais-que-c’est-plate-mais-vous-voyez-ben-que-vous-avez-pas-d’affaires-là-tassez-vous.

Ils m’ont vue, mais on fait semblant que non. Ils ne m’ont pas parlé. Eux aussi aiment bien le non verbal apparemment, qui disait clairement : on-t’a-vu-mais-on-partira-pas-trop-vite-parce-qu’on-ne-veut-pas-te-montrer-qu’on-le-sait-qu’on-a-pas-d’affaires-là. Ils ont effectivement pris leur temps pour s’en aller.

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Ce weekend, la neige tombait comme elle seule sait si bien le faire. En revenant des courses, mon chum me dit : « Ah ben! Il y a quelqu’un qui est venu gratter la neige de la charrue dans notre cour! Ce doit être un voisin… je ne sais pas lequel. Ou bien mon cousin…»

Il ne l’a pas dit fort, mais avec un ton taquin.

Ça va, ça va, j’ai compris.