8h 3. Il pleut. Pas énormément, mais assez pour que les frisottis chéris de ma chevelure apparaissent et que les gouttelettes tombent dans mes lunettes. J’oublie toujours mon parapluie.

Il y a foule quand j’arrive à l’école. Je stationne mon auto plus loin et par conséquent, je reconduis ma fille à pied jusqu’au trottoir. Même sous la pluie, même sans parapluie. Il y a trop d’autos dans le stationnement pour qu’elle traverse seule et je suis une mère poule assumée.

Sur le trottoir, je me place en p’tit bonhomme pour être à sa hauteur. Je remets son capuchon sur sa tête, je lui donne un bec et je lui souhaite une bonne journée. En me relevant, une petite fille, que j’avais déjà vue sur des photos scolaires, se rue vers moi et me dit : « Moi aussi! ».

Je réponds sur un ton incertain :

– Euh… moi aussi… un câlin?

– Oui, s’empresse-t-elle de répondre, déjà collée sur moi.

Je me penche un peu maladroitement, pas tout à fait certaine de comprendre. Je me décide à lui faire un câlin. Je fais comme si je la connaissais : tant qu’à être rendu dans les familiarités! Je lui souhaite une bonne journée et je lui dis de s’amuser. Elle en profite pour me demander si elle peut jouer à la maison ce weekend. Je lui réponds que ce pourrait être possible, elle n’a qu’à demander le numéro de téléphone à ma fille.  D’ailleurs, en parlant d’elle, je remarque qu’elle est déjà loin dans la cour. Je ne crois pas qu’elle ait remarqué la scène dans laquelle sa maman venait de jouer!

Je m’assure que la petite fille reparte dans la bonne direction, je quitte le trottoir et je me rends dans mon auto. Je constate dans le rétroviseur que mes frisottis se dressent bel et bien sur ma tête et je me pose une tonne de questions. Pourquoi?

Pourquoi une enfant de 6 ans saute-t-elle dans les bras d’une maman quasi inconnue? Est-ce que je devrais m’en inquiéter? Est-ce que c’est un comportement usuel du coin et je ne suis pas au courant? Est-ce que ma fille fait ça aussi aux autres parents? Est-ce grave docteur?

Je repense à elle avec son p’tit air naïf et enjoué et je me raisonne. C’est un comportement adulte d’être surpris par de l’amour gratuit et de penser au pire. Pas celui d’un enfant. On est encore spontané à 6 ans et on exprime ce que l’on ressent sans filtre.

Je trouve que nous accordons trop souvent des pensées et des intentions d’adultes à des enfants. Ça distorsionne la réalité.

Cet événement compris dans ce sens-là devient plutôt magique. Ça a fait ma journée qu’une petite fille inconnue me fasse confiance et me le manifeste. Je présume que pour elle, je dois ressembler à une maman gentille et aimante. Ma petite fille est probablement aussi une bonne amie. Je peux être fière de moi.

À côté de ça,  les « j’aime » et  les « t’es belle!!!! » qu’on peut accumuler sur une nouvelle photo Facebook ne valent pas grand-chose. Pourtant, eux, on les accepte d’emblée et on leur donne beaucoup de pouvoir sur notre estime personnelle, comme quoi les adultes distorsionnent encore la réalité.

En tout cas, sur mon échelle de la gratification, l’événement de la petite fille sous la pluie occupe les premiers rangs. Je voudrais bien que ma fille comprenne ça en grandissant elle aussi.